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Accroche-toi aux Etourneaux


Avec ses phrases hachées, ses mini-récits éclatés qui semblent sauter du coq à l’âne, avec ses approximations et ses fulgurances mystérieuses, Accroche-toi aux étourneaux est une pièce émouvante et exigeante sur le thème de l’oubli.

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C’est à l’issue d’un travail de collaboration intense entre l’actrice Violaine Malglaive et le metteur en scène Claude Bonin que ce monologue d’une femme qui tente de ramasser ses souvenirs oubliés, a vu le jour. Quelle ambition ! S’attaquer au cerveau humain alors que des scientifiques s’y cassent les dents quotidiennement aurait pu relever de la mégalomanie si l’art n’avait cette faculté décisive de faire apparaître la vérité au travers des sensations.

Dans cette optique, le metteur en scène a créé une sorte de machine à retrouver les souvenirs, qui consiste en un grand fauteuil confortable que l’unique actrice de cette pièce ne quitte que pour mieux le retrouver, un fauteuil qui recèle une quantité d’objets, tous susceptibles de raviver la mémoire de cette femme, de l’orienter vers de nouveaux faits oubliés. Pas besoin de scalpel ici, l’opération du cerveau se fait par la parole, car c’est par son flot, parfois embrouillé d’écume, parfois d’une clarté limpide, que les souvenirs sont charriés, comme les éléments d’un navire brisé que l’on reconstitue sur la plage.

crédit photo : Adrien Dumont

La perte de mémoire est une fausse idée : la mémoire ne se perd pas, ce sont les chemins qui mènent au souvenir qui s’embrouillent, comme si un plaisantin avait mélangé toutes les pancartes de directions dans un chemin de campagne. Que faire alors ? Tous les chemins mènent à Rome, dit-on, d’où le besoin, peut-être de remonter le cours de ses souvenirs au gré du hasard, avec l’espoir de tomber, grâce à une association d’idée lumineuse, sur un souvenir oublié. Sautant d’une idée à l’autre, d’un souvenir régénéré à un oubli, "la Mendelbaum" nous en apprend plus sur sa vie. C’est ainsi que l’on découvre que cette femme était autrefois une actrice adulée qui a joué Hedda Gabler et Carmen, qui a vécu le grand amour et le veuvage, une femme dans la norme, sans plus, qui ne peut plus se rappeler les endroits passés de sa propre vie.

Alzheimer ? Sénilité ? Peu importent les raisons de l’oubli, il peut prendre plusieurs formes, advenir à tous les âges, ce qui compte, ce n’est pas l’oubli en soi mais les perturbations que cela entraîne sur l’homme qui en souffre, à la fois mentalement et physiquement.

Le passé n’étant plus pour elle qu’un gruyère peu fiable et l’avenir une notion sans épaisseur, la Mendelbaum ne peut plus vivre que dans l’instant, à un point tel que sa façon de s’exprimer en est profondément modifiée. Parlant trop fort et de façon saccadée, comme si elle devait à chaque instant se rappeler comment fonctionne le langage, l’actrice impose au spectateur un travail d’écoute et d’attention qui pourra en rebuter certains. Les autres se laisseront emporter par le texte de Léa Leruch, à la fois poétique et âprement réaliste, en quête constante de la bonne formule, celle qui définit le mieux la difficulté d’être encore là quand nos souvenir n’y sont plus.

Morgan Le Moullac

Crédit photo : Adrien Dumont

Accroche-toi aux Etourneaux

- Jusqu’au 12 avril
- Texte de Léa Leruch
- Mise en scène de Claude Bonin
- Avec : Violaine Malglaive
- Costumes de Liliane
- Lumières, musique d’Adrien Dumont
- Au théâtre Le Proscénium, 2 passage du bureau, 75011 Paris au niveau du 170 rue de Charonne, métro Alexandre Dumas


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mercredi 11 mars 2009