L’Antigone de René Loyon, c’est celle de Sophocle. Le comédien se confronte ici à un double pari : celui de mettre en scène cette tragédie-phare, et celui d’endosser le rôle de Créon, rôle qu’il avait déjà tenu il y a plus de vingt ans, en 1983.

L’histoire d’Antigone, tout le monde la connaît. Portant sur les épaules le poids d’une fratrie incestueuse, elle voit son destin scellé par son refus de ne pas enterrer l’un de ses deux frères, mort en combat singulier avec l’autre frère. Une décision qui lui coûtera la vie et sèmera le malheur autour d’elle, par le truchement d’évènements déplorables. Marie Delmarès a su y apporter sa sensibilité frémissante, incarnant avec intensité cette jeune femme jamais totalement remise du destin familial. C’est peut-être pour cela qu’Antigone se révolte contre l’autorité du pouvoir qui tente de bafouer les lois divines. Elle préfère les respecter, et est prête à mourir pour elles. C’est d’ailleurs l’aspect politique qu’a choisi de privilégier le metteur en scène, en faisant de la trame narrative et le texte un écrin de choix à la mise en exergue de situations actuelles. Car l’histoire d’Antigone, c’est aussi et presque avant tout celle de Créon, un homme de pouvoir aveuglé par l’orgueil et dont les choix mèneront inexorablement à la catastrophe ; et c’est une litote de dire que l’interprétation de Loyon évoque en nous tant de ces hommes politiques de l’histoire récente. Barricadé derrière ses convictions sourdes, jusqu’au-boutiste forcené, il livre un jeu convaincant quoiqu’un peu figé.
Mais ce n’est pas tout. Si la tragédie grecque possède en elle la maestria de se faire révélatrice des travers de la condition humaine, Antigone se voit insuffler une force supplémentaire par la traduction de Florence Dupont qui, tout en soulevant le texte à un niveau de résonance maximale, ne verse jamais dans l’actualisation grossière. Aidé par un décor ramené à l’essentiel et une grande intelligence de la mise en scène, en faisant notamment du public le chœur tragique, le texte peut alors délivrer son essence même. Il se fait alors tangible mais jamais exégèse d’une parole qui, aujourd’hui encore et surtout, touche au plus profond de nous.
Jean-Baptiste Viaud
Jusqu’au 11 février. Théâtre de l’Atalante, 10 pl Charles Dullin, Paris 18 Tarifs : 18/13/8 euros Réservations au 01.46.06.11.90


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