Ferdinand Dechenaud incarne la cinquième génération (« au moins ») de négociants en vins de Bourgogne, de la vallée du Rhône et du Beaujolais. Lui a quitté un jour la région de Saint-Etienne, « petite ville du Midi égarée au milieu de la France », comme il dit, pour gagner Paris où il a commercialisé du vin toute sa vie. Son crédo : « Ce n’est pas difficile, je ne vends que ce j’aime ». Cela tombe bien parce que ce qu’aime Ferdinand nous plaît aussi souvent. Comme ce 100 % cépage Merlot (Terre de Mûrier, 2005, 6,50 €) des Côteaux de l’Ardèche, travaillé de fort belle manière. Ou ce Mas de Daumas Gassac qui pousse autour d’Aniane dans le Gard, classé en vin de pays (un rouge 2005, à 39 € tout de même, qui peut rester 30 ans en cave sans souci). Mais revenons à notre actualité et demandons à Ferdinand d’éclairer notre lanterne le phénomène Beaujolais Nouveau.
evous : On dit que le Beaujolais Nouveau a pris un coup dans l’aile. Vous confirmez ?
Ferdinand Dechenaud : « C’est une mode qui change. 30 ou 40 ans que cela dure, alors oui, bien sûr, il y a un phénomène d’essoufflement. »
evous : Donc là, cette année, vous vous êtes approvisionné avec mesure ?
F. D. : « Comme tout le monde, j’en ai pris à peine les deux tiers de l’année dernière. Et je suis sûr qu’il va m’en rester. »
evous : Savez-vous à quand remonte cette mode du Beaujolais Nouveau ?
F. D. : « Je dirais que le Beaujolais Nouveau est arrivé dans les années 1950 mais avant la guerre, il y avait déjà des précurseurs. Je me souviens des vins du Gaillac. On ne sait pas s’ils étaient rosé, blanc ou rouge. C’était bourru, tout trouble, un vrai jus de raisin qui se sortait en septembre octobre. Les gens faisaient la fête. Femmes et enfants, tout le monde buvait ce petit vin comme un jus de fruit. Je me souviens, il y avait la saison des noix et en même temps, celle du vin nouveau. Il faut dire que ça tombait bien parce que les noix améliorent la qualité du vin. Je sais que mes aïeux lorsqu’ils allaient chez le vigneron et qu’on leur offrait des noix et du vin, ils se disaient : celui là a quelque chose à cacher, son vin je n’en veux pas. Bref, après le Beaujolais a pris la place, grâce à son petit goût qui vous donne l’impression d’avoir un bouquet de fleurs dans la bouche. »
evous : Mais sur le fond, pensez-vous qu’il faille abandonner ces idées de vins primeurs ?
F. D. : « Ah ! non, non, c’est notre fête, c’est la saint Bacchus ! Le vin est arrivé, frais, gaillard. »
evous : En connaissez-vous d’autres vins primeurs ?
F. D. : « Autrefois, beaucoup de négociants faisaient des Côtes du Rhône primeurs. C’était un régal. Vous pouvez faire le tour de Paris, si vous trouvez trois bouteilles de Côte du Rhône primeur, vous aurez de la chance. Il y avait tous les Gamay de Touraine qui étaient en primeur. Maintenant, on n’en voit plus. Il y avait aussi les Bordeaux primeurs ! »
Evous : Et pourquoi ne se font-ils quasiment plus ?
F. D. : « Qui trop embrasse mal étreint, comme dit le proverbe. On a voulu faire trop de commerce avec ça. »
evous : Que peut-on leur trouver comme qualités à ces vins là ? Parce que pour certains, ce ne sont même pas des vins.
F. D. : « Tout dépend des années. Si vous prenez les années 2003 ou 2005 où les étés ont été très chauds. On a vendangé en août. En novembre, les vins étaient faits. Maintenant si vous vendangez début octobre, le vin n’est pas fait mais il faut quand même le sortir le 3ème jeudi de novembre. Alors... »
evous : Alors, il faut intervenir un peu…
F. D. : « Oui et même beaucoup pour que le vin soit prêt au jour J. »
evous : Est-ce que cela peut se garder un peu le Beaujolais Nouveau ?
F. D. : « On dit vulgairement que cela doit être bu et pissé dans l’année. »
evous : Lequel vendez-vous cette année ?
F.D. : « Un château de Pizay. C’est un relais & Château, un superbe hôtel-restaurant, qui possède un très beau vignoble. Ils commercialisent tous les crus du Beaujolais en général mais eux produisent du Morgon, Brouilly et Beaujolais. »
evous : Comment le jugez-vous ?
F. D. : « Je ne dirais pas que c’est le top mais il s’agit d’une qualité à recommander. Ce n’est pas un vin de négociant (comme le Beaujolais de Georges Duboeuf que l’on remarque également à la vente, ndlr) mais de propriétaire. Ce sont des gens qui ont leur métier dans l’âme. Ils ont un super oenologue. Pour 5,30 €, c’est bon. J’ai même été assez agréablement surpris par rapport à cette année qui a été je pense une mauvaise année pour les vins du Beaujolais et d’ailleurs. »
evous : Il y a aussi des Beaujolais qui ne sortent pas de la cuve en novembre ?
F. D. : Certains vignerons du Beaujolais ne font pas du tout de primeur ou vraiment très peu. Celui qui vend du Moulin à Vent ne va pas le sortir en Beaujolais Nouveau. Peut-être une petite parcelle ou des vignes jeunes, mais il produit d’abord et surtout des vins de garde. Servez un vieux Moulin à Vent à quelqu’un, il va vous dire : Oh ! ce qu’il est bon ce Bourgogne. Remarquez, ce n’est pas faux car le Beaujolais à l’appellation Bourgogne.
evous : Merci.
Vinothèque de Nogent-sur-Marne
Sous l’enseigne Cavavin
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