Dans la page qu’il consacre au requin, le site du Marché International de Rungis (www.rungisinternational.com, rubriques “dossiers” et "produits du mois") se plaît à rappeler la menace qui pèse sur cet animal tout en contribuant à sa... disparition ! D’un côté, citant l’Ofimer, le site rungissois nous rappelle à juste titre que « la longue gestation (de neuf mois à deux ans selon les espèces) et le nombre limité de petits (1 à 5) hypothèquent fortement la survie de l’espèce ». De l’autre, il nous invite « à dévorer à pleines dents cet animal mythique redouté qui n’en reste pas moins un mets de choix ». Le portail du marché de Rungis cite Aquabon, une société spécialisée dans la vente de ce poisson, pour qui « la demande de grands requins augmente chaque année de 20 à 25 % ». Le grossiste confiant même « devoir trouver d’autres provenances car certaines espèces se raréfient ». Ce cas qui relève de la schizophrènie, montre que le requin mangeur d’homme n’est pas forcément là où on l’imagine - "mangeur d’homme" parce qu’en sacrifiant ainsi les espèces sur l’autel du business, l’humanité se condamne elle-même.
C’est notre manière à nous de vous recommander d’aller voir le film « Les Seigneurs de la Mer » (« Sharkwater ») qui sort dans les salles le 9 avril. Rob Stewart, le réalisateur, veut nous alerter sur le fait que 100 millions de requins sont tués chaque an et que d’ici une dizaine d’années, de nombreuses espèces auront disparu. Un massacre qui se double d’une monstruosité puisque lors des pêches, souvent illégales, les requins ont les nageoires tranchées avant d’être rejetés à l’eau encore vivants. La faute à l’insondable connerie humaine et au goût de certains pour la soupe aux ailerons de requins - demande qui peut faire monter les cours entre 400 et 500 dollars le kilo. Rob Stewart se demande au passage ce que l’on attend pour protéger les requins ? Il est d’ailleurs sidérant d’apprendre qu’un tiers des ailerons vendus à Honk Kong provient de l’Union Européenne (lu sur le site de la Ligue Roc : http://www.roc.asso.fr). En attendant, si vous apercevez des boîtes de soupe d’ailerons de requins en tête de gondole ou du potage servi à la carte des restaurants, ne cédez pas aux charmes de l’exotisme. Il serait bon du reste que tous les éditeurs de contenu gastronomique, à commencer par ceux qui recommandent les restaurants sur la Toile ou publient des recettes de cuisine (comme Doctissimo dans sa rubrique spécialisée), rayent ledit potage aux ailerons de requins de leurs tablettes. Merci pour eux.
pinicova@evous.fr
Copyright photos : Shark Alliance sur http://www.sharkalliance.org/

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