Pour sa troisième réalisation, George Clooney s’est octroyé une petite pause comédie avec ce Jeux de Dupes. Good night, and good luck, Syriana, The Good German de Steven Soderbergh, ou encore Michael Clayton de Tony Gilroy auront permis à l’acteur de dénoncer à tout-va, le maccarthysme américain des années 1950, les politiques tout-pour-le-pétrole, les ravages de la guerre, le cynisme de certains industriels en agrochimie etc.
Ainsi arrive Jeux de Dupes, une comédie sympathique à l’ancienne, calquée sur la mécanique bien huilée des "screwball comedy" des années 1930 et 1940, genre dans lequel excellaient entre autres Howard Hawks (Impossible Monsieur Bébé ), Leo McCarey (Cette sacrée vérité ) ou encore Franck Capra (Arsenic et vieilles dentelles ).

Ce Jeux de Dupes commence par deux séquences montées en parallèle montrant des deux facettes du football américain en 1925 : d’un côté il y a le football universitaire très prisé du public qui vient en masse dans des grands stades voir jouer ses idoles, comme le jeune Carter Rutherford (John Krasinski) ; de l’autre il y a le football professionnel, ses équipes de bras cassés, ses "stades" implantés au beau milieu des champs et ses vieux briscards, comme l’expérimenté Dodge Connolly (George Clooney). A ce contexte Jazz, Prohibition et bagarres générales les scénaristes Rick Reilly et Duncan Brantley ont calqué un scénario léger et souvent loufoque.
Son équipe des Bulldogs ayant fait faillite pour cause de démission de son sponsor, Connolly a l’idée de la relancer en jouant sur la renommée de Rutherford. Il parvient à convaincre le jeune homme et son agent, le très véreux C. C Frasier (Jonathan Pryce) de rejoindre les Bulldogs. Lexie Littleton, la journaliste, va se raccrocher au wagon en effectuant officiellement un reportage sur Rutherford et officieusement en tentant de découvrir la véritable nature des sois-disant exploits de guerre qui ont fait de lui un héros.

Prenez-donc un étalon chevronné expert en joute verbale et un jeune premier, ajoutez une jolie journaliste (Renée Zellweger) aux répliques cinglantes, mais libre et vous obtenez une comédie sans réelle surprise mais très attachante. Le vaudeville se mêle au burlesque devant la caméra très sobre de George Clooney qui a bien intégré les recettes du succès des screwball comedy et sous la musique jazzy et entraînante de Randy Newman. George Clooney-acteur est parfait pour ce rôle. Il fait très régulièrement penser au grand Cary Grant pour son élégance, son charme, son aisance à manier les dialogues à la rythmique percutante et aussi pour l’auto-dérision dont il fait montre régulièrement.
Clooney-réalisateur multiplie les plans fixes, filme en s’inspirant des Preston Sturges et autres Billy Wilder qu’il n’hésite pas à citer, en témoigne la scène du train-couchettes qui rappelle quelque peu celle de Certains l’Aiment Chaud. L’adéquation est la même pour le reste du casting : John Krasinsky semble sorti tout droit d’un film des années 1930 et apporte un peu de fraîcheur quand George Clooney se met à cabotiner légèrement, Renée Zellweger montre qu’elle est parfaitement à l’aise dans le registre de la comédie et forme avec Clooney un couple qui semble naturel, enfin Jonathan Pryce compose un agent véreux féroce et méchant que l’on prend plaisir à voir défait.

C’est que le côté gentiment adolescent de George Clooney et de son personnage fonctionne à merveille. L’équipe de pieds-nickelés des Bulldogs et Dodge Connolly en tête sont des grands enfants qui ne veulent pas vieillir et aller travailler à la mine ou en usine. La perte de l’innocence est l’un des thèmes majeurs de ce film. Au retour aux comédies de l’âge d’or Hollywoodien opéré par George Clooney avec Jeux de Dupes s’ajoute un retour aux sources du football américain professionnel dans le dénouement, par l’intermédiaire de Dodge Connolly. Avec la perte de l’innocence, les règles du jeu changent, l’argent devient roi (le sponsor passe de la brillantine à Coca Cola)... Et le plaisir dans tout ça ? Voilà la question que pose George Clooney dans cette belle comédie parfois convenue, mais pleine de charme, d’élégance, de finesse. Un comble pour un film sur le football américain !
Morgan Le Moullac
Jeux de Dupes
Comédie, Etats-Unis, 1h54, 2008
Réalisé par George Clooney, scénario de Rick Reilly, Duncan Brantley
Avec : George Clooney, Renée Zellweger, John Krasinski, Jonathan Pryce
Produit par Grant Heslov, Casey Silver
Directeur de la photographie : Newton Thomas Sigel
Compositeur : Randy Newman
Monteur : Stephen Mirrione
Chef décorateur : James D. Bissell
Costumière : Louise Frogley

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