Démocratisation de la culture : rêve ou réalité ?
En 1959, le premier ministère autonome chargé d’assumer le rôle « à la fois déterminant et limité, qui revient à l’Etat dans la nouvelle mission culturelle de la collectivité » voit le jour. André Malraux est nommé ministre d’Etat, chargé des affaires culturelles, ayant pour mission de « rendre accessibles les plus grandes œuvres au plus grand nombre d’hommes ». Mais les possibilités d’action concrète du ministère sont limitées par un budget trop faible. Le nouveau ministère ne bénéficie que d’1% du budget total de l’Etat, une bagatelle donc, qui se révèlera rapidement insuffisante pour réaliser les ambitieux projets du ministère de la Culture. Près de 50 ans après la création de ce ministère, le grand rêve de démocratisation de la culture n’apparaît toujours pas réalisé. La relégation économique et sociale semble s’accompagner presque inévitablement d’une relégation culturelle. Le patrimoine culturel français est à la portée d’une petite poignée de privilégiés, et l’élargissement social des publics concernés demeure une utopie. Pourtant, l’accès à la culture est une exigence démocratique. L’Etat et les collectivités ont pour impératif de se demander comment mettre en œuvre les conditions d’un rapport fécond de chaque individu à la culture. Mais cette interrogation ne doit pas restée sans réponse. Or, tenter d’apporter des solutions nécessite de prendre conscience en amont des inégalités et injustices qui se présentent encore aujourd’hui comme de véritables obstacles à une démocratisation de la culture. Bien que cette dernière semble être, depuis longtemps, le point d’achoppement des politiques culturelles, elle reste relative. Les enquêtes, menées depuis 1973 par le ministère de la Culture, constatent l’échec de la démocratisation de la culture. Echec de la demande avant tout. L’éducation, la médiation apparaissent comme les premiers rouages de l’accès à la culture. La sensibilisation du public est fondamentale, et toute politique culturelle doit en tenir compte avant d’augmenter une offre culturelle qui ne trouvera pas de demandeur. Quelles dispositions ont été prises par les gouvernements pour donner à des publics variés l’envie de se cultiver ? Voici la réelle interrogation qui, tant qu’elle reste sans réponse satisfaisante, se présente comme une des limites d’une démocratisation de la culture telle que la rêvait Malraux.
Laureline Dupont
Article à venir : La sensibilisation des publics

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