Actualités Paris

Des idées drôles pour faire grève


  • envoyer l'article par mail envoyer par mail

On imaginerait bien les cheminots laisser le pilotage des trains aux gars de GDF et les contrôleurs SNCF aller dépanner les lignes à haute tension d’EDF ! On peut aussi soumettre aux grévistes de la SNCF de suivre l’exemple des syndiqués du Journal de Québec qui ont riposté au lock-out de leur employeur Quebecor, en publiant leur propre quotidien, le Média Matin Québec. Il n’y aurait alors qu’à remplacer le « média moyen de pression » par un TGV peinturluré de slogans rageurs, au museau refait avec la bouille pas très aérodynamique du Ché, dans lequel se tiendrait des assemblées générales enfumées avec occupation du wagon-bar !

La « grève de la pince » vous connaissez ? Rien à voir avec le refus de serrer la main à son voisin. Il s’agit pour les contrôleurs de ne plus contrôler les billets de train ou de métro. Ce type d’action a déjà été menée en 1989 ; la direction de la SNCF ayant alors prévenu son personnel qu’une telle pratique constituait une faute professionnelle dans la mesure où elle « remettait en cause les obligations même du contrat de travail ». Les grévistes avaient été sanctionnés par leur direction puis désavoués par la justice « ce qui a été un frein à ce type d’expérience », relate le syndicat Sud-Rail. La même organisation syndicale qui ne désarme pas et remet sur le tapis le principe de la « grève de la gratuité » (exercice du droit grève consistant à ne pas facturer le service tout en continuant à l’assurer). Sud-Rail, épaulé par la Fédération des usagers des transports et des services publics (FUT-SP), s’appuient sur un arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) du 17 juillet dernier, qui juge légale ce type de grève. La CEDH s’était alors prononcée au sujet d’un mouvement d’agents de péage d’Istambul qui avaient quitté leur poste et permis aux automobilistes de passer le pont du Bosphore sans payer. La cour européenne avait jugé que cet acte « pourrait être considéré comme une action collective d’ordre général dans le contexte de l’exercice des droits syndicaux ». L’arrêt de la CEDH redonne espoir à Sud-Rail et au Fut-SP qui estiment que « les salariés des entreprises de transport françaises devraient maintenant pouvoir pratiquer cette forme de grève qui permet aux usagers de circuler sans payer ». Les deux organisations demandant au Ministère des transports « d’organiser une table ronde Etat-entreprises de transport-syndicats-usagers, afin d’étudier les modalités d’application à notre pays de la reconnaissance par la CEDH du droit à la grève de la gratuité ». La direction SNCF n’a pas l’air emballée par la jurisprudence de la cour européenne. Elle voit même d’un très mauvais œil cette forme de grève qui serait, n’en doutons pas, au contraire bien accueillie par les usagers. Le Syndicat des Transports d’Ile-de-France déclare que « les entreprises de transport ont obligation de tarification » et qu’il est illégal de libérer les tourniquets. On peut aussi prendre en compte le fait que la SNCF est garante de la sécurité des seuls voyageurs en possession d’un titre de transport. Ou également souligner que les cartes des abonnés ne seraient pas pour autant gratuites (mais au moins le service serait assuré).

Bref, aussi séduisante soit-elle, notre petit doigt nous dit que l’équation « grève = rouler gratis » n’est pas pour demain. Pourquoi dès lors ne pas imaginer d’autres modes d’action ? On peut suggérer des formules sympas. Que des commandos de cheminots nous ouvrent par exemple les stations de péage des autoroutes. Ou alors, s’ils doivent payer de leur personne, qu’ils se dépoilent sur les rails comme l’imagine ce blogger qui évoquait le 29 octobre http://boisdeluzy.blog.lemonde.fr/page/2/la « dernière manifestation insolite des hôtesses de l’air sur les pistes d’atterrissage de Roissy » visant à bloquer l’atterrissage des avions. Mais se dévêtir avec ce froid n’est pas très indiqué. Pourquoi les cheminots ne s’inspireraient-ils pas de ces enseignants grévistes du collège Pierre Sémard à Bobigny en Seine-Saint-Denis, qui ont organisé en février dernier une action originale en échangeant leurs cours pour protester contre la volonté du Ministre de l’Éducation de généraliser la bivalence (l’enseignement par un même prof de deux disciplines). Les professeurs d’espagnol ont ainsi assuré les cours d’allemand, ceux d’anglais les cours d’espagnol, tandis que celui de maths troquait sa place avec celui de physique-chimie. Ils en ont même tiré un roman-photo qu’ils ont adressé à des médias. On imaginerait bien les cheminots laisser le pilotage des trains aux gars de GDF et les contrôleurs SNCF aller dépanner les lignes à haute tension d’EDF ! Autre suggestion : mener une « opération qualité » comme l’ont fait en 1990 les salariés syndiqués CGT, CFDT et FO de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie d’Ille-et-Vilaine. Ladite « opération qualité » ayant consisté à « prendre le temps nécessaire pour traiter à fond les dossiers de remboursements des assurés sociaux ». Imaginez le temps infini que pourrait mettre un guichetier zélé pour délivrer un billet de train… On peut aussi soumettre aux grévistes de la SNCF de suivre l’exemple des syndiqués du Journal de Québec qui ont riposté au lock-out de leur employeur Quebecor, en publiant leur propre quotidien, le Média Matin Québec. Il n’y aurait alors qu’à remplacer le « média moyen de pression » par un TGV peinturluré de slogans rageurs, au museau refait avec la tête pas très aérodynamique du Ché, dans lequel se tiendrait des assemblées générales enfumées avec occupation du wagon-bar ! Ce serait faire preuve d’ingéniosité voire de créativité « pour reconquérir les faveurs du public en montrant que leur lutte n’est pas que corporatiste, mais qu’elle recoupe les intérêts de tous et de toutes ». Cela éviterait d’en arriver à une extrémité, la grève de la faim, héroïquement suivie en 2006 par Jean Lassalle, le député des Pyrénées-Atlantiques… Remarquez que là aussi, une action de masse peut s’avérer efficace. Souvenons-nous de ces Italiens qui, le 13 septembre dernier, se sont lancés dans une grève des pâtes pour protester contre la hausse annoncée des prix, liée à la hausse du cours du blé. Et si vraiment, aucune de nos idées n’inspire les cheminots (pour lesquels nous avons la plus grande sympathie, notons-le), nous, les voyageurs, serions prêts à prendre des initiatives insensées et radicales, à l’instar des Libanais, auteurs d’une grève massive du téléphone portable, action menée en juillet 2004. 250 000 Libanais ont alors coupé leur cellulaire durant 24 heures, histoire de protester contre les tarifs jugés trop élevés. Dans le même esprit, nous pourrions faire la grève du mouvement, ne plus bouger de chez nous, le temps de voir comme on déprime dans des gares et des trains déserts, des cafétérias d’entreprises abandonnées, des parcs de loisirs et des chambres d’hôtes vides.


Pour être informé de nos dernières actualités inscrivez-vous gratuitement à notre "Lettre d'information Paris "


mercredi 14 novembre 2007