Plus que quelques jours pour aller voir « Ebauche d’un portrait » au Théâtre Ouvert. Ce portrait, c’est celui de Jean-Luc Lagarce : à partir des carnets sur lesquels le dramaturge couchait sa vie, le metteur en scène François Berreur a composé un spectacle qui s’approche au plus près de l’individu Lagarce, sans jamais prétendre à l’autopsie. La langue pleine de sophistications, qui fait de ses pièces de grands moments littéraires, on ne la retrouve pas dans ces extraits compilés du « Journal » : l’auteur s’y est livré dans sa plus simple écriture, tissant avec son éventuel lecteur ou auditeur une relation d’intimité immédiate. La sexualité, le sida, le microcosme intellectuel parisien : Lagarce balaie les axes de sa vie d’un coup de plume lucide et presque abrupt. Observateur aigu de lui-même, il se livre dans sa nudité la plus sèche. Tâche difficile que d’interpréter l’homme Lagarce, dont le charisme n’était pas une légende. Laurent Poitrenaux lui donne formidablement vie, avec une sorte de dandysme désespéré particulièrement bien senti. Avec une grande pudeur aussi : même si l’on explore Lagarce dans ses tréfonds, ce n’est pas à une profanation qu’on assiste. On nous brosse un portrait à traits délicats, un portrait qui donne toute sa place à l’insondable.
Thomas Jean
« Ebauche d’un portrait » d’après le Journal de Jean-Luc Lagarce, jusqu’au 1er avril. Théâtre Ouvert, Paris 18è Mise en scène : François Berreur. Avec Laurent Poitrenaux

envoyer par mail