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’Hop là, nous vivons !’ aux Abbesses


Le Théâtre de la Ville présente aux Abbesses une pièce rare du dramaturge allemand Ernst Toller. Un pur concentré de verve expressionniste.

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Les textes d’Ernst Toller portent en eux la violence un brin surannée du marxisme convaincu, celui qui n’a pas connu la désillusion soviétique (Toller se suicide en 1939). « Hop là, nous vivons ! », une pièce écrite en 1927 par l’auteur allemand, n’échappe pas à la règle mais n’a rien perdu de son acuité féroce, sorte de charge à vif contre un capitalisme qui broie sans douleur, comme un somnifère corrosif. « Réveillez vous ! », semble nous crier tout au long le héros Karl Thomas.

Tout commence par une harangue aux accents spartakistes. Puis une cellule de condamnés à mort : les insurrectionnels sont graciés. A cette nouvelle, le détenu Karl sombre dans la démence. C’est l’itinéraire de cet homme révolté que l’on suit : après 8 ans s’asile, il retourne parmi les hommes, sa foi d’homme de gauche intacte. Il retrouve ses compagnons de cellule. Qui ministre, qui employée résignée, qui militant un peu tiède, tous ont oublié les grands idéaux, plus personne ne songe au « Grand Soir ». Karl voudrait secouer ces assoupis, donner de grands coups de pieds dans la fourmilière : insatisfait du monde, il en sera pourtant éjecté comme un corps étranger. C’est lui, la fourmi qu’on écrase.

Ce synopsis d’une noirceur implacable est souligné par une scénographie qui distille les images anxiogènes : des strapontins collés aux murs, des canapés verdâtres pour hommes de pouvoir, des bureaux borgnes, tout concourt à figurer l’oppression tranquille. Le metteur en scène Christophe Perton nous montre un univers de petits soldats qui marchent bien en rythme, qui traversent la scène en cadence, le menton haut : au milieu d’eux, la ferveur anarchiste de Karl n’est que gesticulation dérisoire. Et plus encore lorsque des projections vidéo, très présentes dans le spectacle, lui opposent la marche inaltérable du monde. On aurait aimé un peu plus de second degré lorsque fusent les diatribes à la Rosa Luxemburg, afin que le propos souffre un peu moins de sa date d’écriture : l’anti-capitalisme d’aujourd’hui ne se reconnaîtra pas dans celui de l’entre-deux-guerres, bercé d’utopies grandiloquentes. Mais, même esquissée d’un trait presque naïf par Christophe Perton, l’idée-force du spectacle s’impose : c’est toujours le financier qui sirote son champagne sans plaisir quand l’employé boit son infect bouillon ; bien malin qui voudrait inverser la tendance : Karl y laisse sa vie. Ernst Toller l’y laissera de la même façon.

Thomas Jean

« Hop là, nous vivons ! » d’Ernst Toller, jusqu’au 23 février au Théâtre des Abbesses, 18è Mise en scène : Christophe Perton, scénographie : Malgorzata Szczesniak. Avec Gauthier Baillot, Vincent Garanger, Juliette Delfau, Pauline Moulène, Claire Wauthion


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dimanche 10 février 2008