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Il était une fois, de Kevin Lima


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Il était une fois

Renouant avec l’époque Mary Poppins, les studios Walt Disney viennent de sortir leur dernier long métrage, « Il était une fois », mêlant prises de vue réelles, animations traditionnelles et images de synthèse. L’intrigue est criante de simplicité bien que saluée par de nombreuses critiques, dont une la qualifie même de « follement ingénieuse » ; et le résultat, lui, est « follement » décevant.

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Disney a réuni, une fois de plus, tous les éléments du conte fantastique : sorcière, princesse, dragon, sans oublier le petit animal doué de parole et doté d’une intelligence bien supérieure à celle des héros… Dans le fabuleux royaume d’Andalasia, une jolie princesse, qui répond au doux nom de Gisèle, fait le ménage en parlant à ses amis les animaux, qui, bien entendu, lui répondent toujours avec a propos. Elle attend, en chanson, comme toutes les femmes de sa condition, la venue du prince charmant, ce mythe utopique à l’origine de tant de désillusions chez les jeunes filles bien réelles qui ont tété trop longtemps le biberon Disney. Bref, pendant que Gisèle récure son logis, le prince chasse virilement le dragon, et finit par en capturer un qui ne tarde pas à s’enfuir pour dévorer l’innocente princesse et son plumeau. Mais, le valeureux prince part à la poursuite du dragon et délivre in extremis Gisèle des griffes de l’affreux monstre vert -qui ressemble d’ailleurs plus à Shrek qu’à un dragon, mais passons. Edouard, le gentil prince, demande immédiatement la douce Gisèle en mariage. Celle-ci accepte, sans savoir que la reine du royaume, et belle-mère de son bien-aimé, n’est autre qu’une méchante sorcière prête à tout pour conserver son trône. Quand l’heure du mariage sonne, l’opiniâtre reine qui a revêtu les traits de la sorcière de « Blanche Neige », expédie ce qui devait devenir sa belle-fille dans un trou profond débouchant sur un monde lointain « où les gens ne sont pas heureux » : le monde réel. On appréciera évidemment ce message porteur d’espoir pour les jeunes générations auxquelles le film est destiné et qui accordent encore un crédit total au monde merveilleux de Disney. Après sa chute, la jolie princesse du dessin animé est métamorphosée en humaine, interprétée par Amy Adams, dont la nunucherie ferait pâlir d’envie la « Peau d’âne » de Jacques Demy. Perdue au beau milieu de la Grosse Pomme, Gisèle va tenter, tant bien que mal, de retrouver son prince et de survivre avec les loups que sont les êtres humains. Son périple et ses déambulations new-yorkaises sont vite prétextes à quelques touches d’humour distribuées avec parcimonie et engendrées par la confrontation entre monde réel et conte de fée, principal sujet du film. La représentation de certains clichés peut toutefois laisser perplexe, tel l’épisode du mendiant qui sourit à la princesse pour mieux lui voler son diadème. Mais fort heureusement, Disney ne laisse jamais ses héroïnes en proie au malheur. Robert (Patrick Dempsey), jeune avocat allergique à l’amour, croise la route de Gisèle – le choix des prénoms peine à figurer des héros de conte de fée- et sauve cette dernière en lui offrant l’hospitalité pour la nuit. La lutte entre monde fantastique et monde concret peut commencer. S’ensuit alors une histoire à l’eau de rose dans laquelle la princesse fleur bleue va tenter de communiquer à l’homme désillusionné une mièvrerie sans égal, pendant qu’Edouard, le prince esseulé, se lance à la poursuite de sa bien-aimée accompagné par Pip, un petit écureuil malin comme un singe. Le scénario n’est donc pas un modèle d’originalité, d’autant que les studios Disney en ont profité pour transformer le film en espèce de bande-annonce d’une heure cinquante qui fait la publicité de tous leurs chefs d’œuvre, de « Blanche-Neige » en passant par « Cendrillon » et « La Belle au Bois dormant ». La sorcière au nez crochu et pustuleux tente de faire croquer Gisèle, la pauvre cruche, dans une pomme empoisonnée, et finit, en désespoir de cause, par se transformer en abominable dragon. Les clins d’œil manquent cruellement de subtilité, sont récurrents et ressemblent davantage à une pénurie d’idées pour renouveler la magie Disney. Néanmoins, l’espoir d’apprécier le film naît quand ce dernier semble tourner en dérision la féerie Disney et tout ce qu’elle implique comme niaiserie. Gisèle et Edouard, figures emblématiques du conte de fée, représentent cette vision enchantée – et erronée- de l’amour éternel. C’est tout juste si la délicieuse princesse ne nous réciterait pas du Louise Labé. Robert, quant à lui, évoque la désillusion provoquée par un monde réel si cruel, où le divorce est pratique courante. A première vue donc, Disney semble faire preuve d’un humour caustique qui se moque de cette représentation illusoire de la vie et de l’amour, propre à la fiction. Quand Gisèle entreprend de réconcilier un couple en pleine séparation an arguant que l’amour est infini, on ne peut que sourire. Alors quand elle pousse la chansonnette dans le cabinet d’avocats, le rire est difficile à retenir. Mais c’est bien là l’unique affront fait à Disney. « Il était une fois » ne respecte pas son pari de départ. Le film fait croire à la dénonciation humoristique du romantisme pathétique, véritable apanage des amis de Mickey, pour finalement s’achever sur une célébration de la niaiserie Disney. Si les studios excellent dans la satire du monde réel, ils demeurent cruellement arides en matière d’auto- dérision. Après avoir battu l’horrible dragon et converti Robert- l’humain à l’amour- toujours, Gisèle peut vivre heureuse pour l’éternité. « Roger Rabbit » avait réussi l’exercice avec bien plus de finesse et d’humour, puisque Toonville possédait son tueur en série, ébranlant quelque peu l’image d’Epinal du pays enchanté. Pourtant le film aurait aisément pu réussir l’entreprise en misant sur les prouesses techniques. Alors qu’en 1988, « Roger Rabbit », de Robert Zemeckis, faisait interagir des personnages en chair et en os et des « toons », il semble qu’en 2007, les progrès technologiques n’aient rien apporté aux studios Disney qui apparaissent incapables de mettre en scène un seul échange entre dessin animé et réalité. L’élément le plus réussi du film est donc sans conteste la bande-annonce, qui a réussi l’exploit de faire croire aux spectateurs bienveillants que dessins et réalité se confondraient en un seul espace-temps, pour railler affectueusement le monde de Mickey. Laureline Dupont


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lundi 28 janvier 2008