Porté par son éthique libertaire, l’acteur réalisateur a choisi d’adapter le livre de John Krakauer qui avait fait scandale. Into the wild retrace l’épopée de Christopher Jonhson McCandless qui prit la route à 22 ans pour se détacher d’un bel avenir tout tracé. En lançant son film sur la route, Sean Penn immortalise la virée transaméricaine du jeune Christopher et fait renaître l’esprit de Jack Kerouac, le père de la beat generation. Seuls sur la route pour accomplir leur révolution spirituelle, tous les deux partagent ce même goût pour l’errance et la liberté. Les ressemblances sont troublantes, mais par-delà les années qui les séparent, l’anti-conformisme du temps de Kerouac ne peut plus avoir le même écho dans la société des années 9O. L’Amérique a changé, les hippies ont trouvé un certain confort et les marginaux se sont trouvés une nouvelle quête qui s’appelle Las Vegas. Les petites communautés ont perdu de leur singularité, et la furieuse envie de liberté de Christopher ne les laissera pas sans nostalgie. Dans cette cohorte de vagabonds, l’idéalisme démesuré du jeune McCandless se décuple, mais seulement là où il le peut. En refusant de détourner une jeune hippie consentante, Christopher refuse de prôner la liberté sexuelle, quant à Sean Penn, il se garde bien là, d’ouvrir une brèche dans la bonne conscience américaine. Si on retrouve dans la beat generation, une même lignée de personnages motivés par l’ivresse des rencontres et des paysages inconnus, le film reste loin du mouvement des années soixante, revendiquant la liberté sous toutes ses formes.
Tandis que la caméra est vissée à son acteur Emile Hirsch, dans un geste de provocation qui reste dérisoire, Sean Penn incruste au long du film plusieurs regards caméra. Des détails bien peu hollywoodiens qui nous renvoient au jeune cinéma moderne, mais il n’en est rien. Les héros de la modernité autant que le récit, jouissaient d’une réelle liberté. Dans Pierrot le fou, on ne peut à aucun moment prévoir que Jean Paul Belmondo va donner un coup de volant pour jeter sa voiture à la mer. La liberté réside dans l’absence de but. Alors que le héros de Sean Penn nous dévoile sa quête ultime dés le début du film. On finit aussi par se demander si Sean Penn n’en fait pas trop, en privilégiant les effets de style plutôt que le fond. C’est à nouveau le cas avec ces longs plans ralentis dont il raffole tellement, pour ne pas perdre une miette du paysage, ou pire encore pour souligner la beauté d’un mouvement. Le film laisse place au clip. Libre à ceux d’apprécier ou non un tour de manège gratuit que nous offre ces longs plans vertigineux tournoyant sur Christopher au sommet d’une montagne. Ce qui doit arriver, alors, arrive. Les images ne sont plus là que pour meubler, pour accompagner la musique. C’est de la pure sensation, de longs moments de défoulement visuel déconnectés de l’histoire, utilisés surtout pour nous tenir en haleine. Et comme la musique court tout au long du film ou presque, Sean Penn se perd au jeu et l’effet virtuose finit même par s’épuiser. Sa fascination pour le formalisme gratuit laisse finalement peu de place au message politique insufflé par un tel sujet.
Into the wild (2h27) Scénario : Sean Penn, d’aprés le livre de John Krakauer. Avec Emile Hirsh, Marcia Gay Harden, William Hurt.

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