Djahida est une DJ d’un genre particulier. Elle mixe des singles qui font un malheur depuis des générations. Face A froment, face B sarrasin. Djahida est crêpière. Sa scène : les marchés de Paris et des environs. Faut voir son adresse à étaler la pâte sur la bilik, comprenez la plaque de cuisson en breton, à l’aide du rozell (petit râteau en bois). On entendrait bien les commentaires de Nelson Monfort pour décrire cette gestuelle digne d’une patineuse artistique. Djahida, prénom typiquement breton (Bretagne sud alors, en cherchant vers l’Algérie), régale les gourmands qui n’attendent pas la Chandeleur pour mâchouiller la crêpe. Avec son compagnon Olivier, ils font tourner leur petite entreprise, Crep’Ho Breizh, qui fleure bon le far-ouest. Celle dont le prénom signifie « la combattante », déserte rarement la scène. Tous les jours de la semaine, sauf le lundi, elle est aux platines. Il n’est pas rare d’attaquer la journée à 5 heures pour être de retour à la maison à 22 heures.
Un petit coup de tampon pour étaler le beurre sur la plaque, le temps de verser une louche de pâte* et la crêpe de froment blondit instantanément. Elle est cuite en une quarantaine de secondes ; un peu plus pour une galette au blé noir. « La première crêpe est souvent ratée. On dit qu’elle est pour le chien », indique la crêprière qui exerce son métier depuis 3 ans. Elle s’est formée dans le Saint des Saints, en Bretagne, Finistère nord. L’expérience a fait le reste. Avec Olivier, un breton pur beurre, ils font fructifier patiemment leur petite entreprise. Le stand s’est garni de produits du cru : beurre 1/2 sel, bières artisanales, etc. Petits et grands habitués se succèdent sous le barnum. Histoire de calmer une petite faim et de se réchauffer le corps, autant que le coeur pour certains, devant les plaques chauffées à plus de 200° C. Comme cette dame qui confie que la crêpe est sa madeleine à elle. Elle évoque le souvenir de son père : « Lui, c’était les hommes à table et les femmes à la cuisine. Sauf quand il faisait des crêpes. Nous étions impressionnés de le voir dans la cuisine. Nous mangions les crêpes au fur et à mesure, sans attendre, ce qui le mettait en colère. ». Djahida glisse le bout de la spanell (spatule) sous le bord de la crêpe, la détache soigneusement et la retourne net.
Où ? Sur le marché de Nogent-sur-Marne, le samedi matin ; à la Varenne-saint-Hilaire le dimanche et le jeudi matin ; le mercredi et le samedi matin cours de Vincennes ; le jeudi et le dimanche matin à l’Haÿ-les-Roses ; le mardi et le vendredi matin (7h-14h) à Daumesnil (12ème) et l’après-midi (12h-19h) place de la Bourse (2ème).
Combien ? Compter 1 € la crêpe de froment nature, sucre 1,20 €, beurre ½ sel Guérande 1,50 €, confiture 2, Nutella 2,20 €, caramel maison au beurre ½ sel 2,40 € ; galette de sarrazin salée nature 1,20 €, œuf 2,50 €, œuf-fromage 3,0 €, la Nantaise saucisse-fromage 3,90 €.
* 500 gr de farine de froment, ½ litre d’eau, 3 œufs, 40 cl de lait, 200 gr sucre. Pour la galette de sarrasin, enlever le sucre, ajouter une pincée de sel et mettre 1 litre d’eau.








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