Avec « Juste la fin du monde », Jean-Luc Lagarce entre au répertoire de la Comédie Française. Juste reconnaissance pour cet auteur dont la langue si dense, faite d’entrelacs et de spirales verbales, fait de lui un des dramaturges les plus passionnants de la fin du XXè siècle. Mort du sida en 1995, il laisse une œuvre très riche et de plus en plus présente sur les scènes théâtrales : des Abbesses à la Cité Internationale en passant par le Théâtre de la Bastille, les pièces de Lagarce jalonnent la saison de moments forts. Louis revient dans sa famille pour annoncer sa mort imminente. Il n’en dira pourtant rien. Voilà la trame. Dialogues déconstruits, surgissement de l’absurde, le texte porte en lui cette virtuosité littéraire qui fait le sel du théâtre lagarcien. Il faut des acteurs d’exception pour donner vie à cette œuvre : Laurent Stocker - César du meilleur espoir masculin pour son interprétation dans le film de Claude Berri « Ensemble c’est tout » - dans le rôle d’Antoine et Pierre Louis-Calixte dans le rôle de Louis sont de cette trempe-là. Quant au metteur en scène Michel Raskine, on lui connaît sa grande intelligence des textes : il sait se jouer avec maestria des intrigues abstraites, il sait faire affleurer ce que les œuvres ne disent qu’entre les lignes. Son superbe « Huis clos » de Sartre est resté en mémoire pour ces raisons-là. On n’en attend pas moins de « Juste la fin du monde ».
Thomas Jean
« Juste la fin du monde » de Jean-Luc Lagarce. Comédie Française, salle Richelieu. Jusqu’au 1er juillet 2008. Mise en scène : Michel Raskine. Avec Laurent Stocker, Catherine Ferran, Elsa Lepoivre, Pierre Louis-Calixte, Julie Sicard

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