Actualités Paris

"L’Orestie" au Théâtre de l’Odéon


Signée Olivier Py, une mise en scène ambitieuse de la seule trilogie tragique de l’Antiquité grecque.

  • envoyer l'article par mail envoyer par mail

Olivier Py n’a pas peur des œuvres fleuves. C’est même un domaine où il excelle : ses mises en scène du « Soulier de satin » de Claudel ou de sa propre pièce « Les Vainqueurs », vrais monuments, restent dans les mémoires comme de très beaux moments de théâtre. Avec « L’Orestie », première de ses créations au Théâtre de l’Odéon, il s’essaie à la seule trilogie encore intacte d’Eschyle, immense poème où le sang des Atrides est lavé par la Justice triomphante.

Il l’a d’abord retraduite, dans une effort très louable de décorseter la langue : les versions les plus courantes, celles de Paul Claudel ou de Paul Mazon, toutes littéraires soient elles, sont nettement plus elliptiques voire même carrément absconses. Olivier Py, lui, a fait de « L’Orestie » une œuvre claire, sans pour autant gommer sa force poétique.

Cette limpidité du texte, presque sobre, contraste avec la mise en scène foisonnante, baroque, presque excessive d’Olivier Py. On est ici sur la ligne de partage ténue entre le grandiose et le grandiloquent. Fidèle aux habitudes scénographiques de Pierre-André Weitz, le décor s’organise en grands blocs amovibles et superposables : il y a une vraie puissance esthétique dans cet amas géométrique de métal, violent comme le drame qui s’y déroule. Mais la lourdeur n’en est pas absente : cette monumentalité peut plomber le propos, l’écraser. Si le meurtre d’Agamemnon par sa femme Clytemnestre, ou celui de Clytemnestre par son fils Oreste résonnent formidablement dans cette cathédrale noire, les passages les plus intimes, ceux où l’on sonde l’âme, la culpabilité, la haine sourde, perdent un peu de leur échos.

Séduisants mais pas légers non plus ces chœurs qui chantent en grec ancien une musique patchwork, plutôt new age avec ses relents de Bach et Janacek. Ils imposent néanmoins un rythme, une distance, ils reposent du sang versé et des mots hurlés. Olivier Py voulait se départir d’une Orestie exclusivement sordide et meurtrière, explorer la veine comique du texte, rappeler l’optimisme du poème, sa foi en la justice, la démocratie, la raison. Pari gagné sur ce point : par intermittences bien dosées et jusqu’au happy end final, on s’extraie de l’horreur par la joie, voire le rire. Comme le veilleur que campe Olivier Py sur le toit du palais d’Argos, on entrevoit nous aussi « la lumière dans les ténèbres ».

Thomas Jean

« L’Orestie » d’Eschyle. Jusqu’au 21 juin au Théâtre de l’Odéon. Texte français et mise en scène d’Olivier Py. Décor, costumes et maquillage de Pierre-André Weitz. Musique de Stéphane Leach. Avec Nada Strancar (Clytemnestre), Anne Benoit (coryphée des Euménides/ la nourrice), Nazim Boudjenah (Oreste/Calchas), Céline Chéenne (Electre/Iphigénie), Frédéric Giroutru (Athéna/Pylade), Michel Fau (Egisthe/la pythie)…

Crédit photo : Alain Fonteray


Pour être informé de nos dernières actualités inscrivez-vous gratuitement à notre "Lettre d'information Paris "


jeudi 22 mai 2008