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L’oeuvre du SDF de la Porte Maillot


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Une maison-musée sans toit ni loi

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Vous l’avez peut-être déjà vue en empruntant le périphérique Nord par Porte Maillot, cette exposition à ciel ouvert, à mi-chemin entre l’œuvre d’art, l’étalage de brocante et quelque chose qui fait penser au salon qu’on a tous chez soi et qui, par quelque miracle d’ubiquité, serait réapparu au milieu de nulle part. Peut-être avez-vous déjà eu l’occasion, à cette heure de pointe où la sortie du périf est si saturée qu’on se maudit systématiquement de circuler en voiture à Paris, de vous laisser distraire à détailler les objets qui semblent installés là de façon aléatoire mais qui, vous dites-vous, forment un ensemble tout à fait esthétique.
Quel est le point commun entre ce Rambo en combinaison de ski, ce tertre agrémenté de balles de golf et autres violons en pain d’épices et ce tronc d’arbre verni planté de CD’s ? Ils ont tous été disposés par les soins de Diego, le SDF qui vit là depuis plus de dix ans. Par le passé, Diego n’a pas toujours été ce pacifiste qui veut, grâce à ce qu’il fait, « redonner le sourire aux gens ».

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Il volait des objets d’art, ce qui l’a conduit en prison, puis à la mendicité. Refusant le système, il vit dehors, comme il dit, pour se punir, mais son action est aussi une forme de rédemption.
Malgré le récent décès de l’ami qui partageait son quotidien, il refuse de se renfermer sur lui-même, de succomber au désespoir, et déborde d’énergie et d’inventivité. « Il faut extérioriser, montrer ce que vous avez en vous. Il faut tendre vers le haut ». Alors, son vieux vélo verni, Diego le fait flotter dans les airs.
Il récupère la plupart de ses objets aux ordures. Quand il a un coup de cœur, il sait déjà ce qu’il va en faire. Ainsi sont nés L’Arbre de la vie ou Lolita, la copine aux lunettes Christian Dior. Et s’il y a une chose dont il est fier, c’est d’être « archi connu ». On l’a déjà vu dans les journaux. Positives ou négatives, il suscite des réactions. Son œuvre est participative et solidaire : chacun – automobiliste, agent public, connaissance du quartier – y va de son guéridon, de ses colliers ou de son fauteuil pour enrichir toujours plus la collection. S’il vend certaines de ses acquisitions, un mécénat de quelque euros est bien entendu le bienvenu.
À voir cette exposition de choses revisitées, détournées de leur vocation première, extirpées de leur contexte domestique par quelqu’un qui, précisément, est privé de ce contexte nécessaire à ce que nous appelons une « vie décente », on en vient à reconsidérer la valeur de l’objet. Mais à se demander comment quelqu’un qui ne possède « rien » peut-il éprouver autre chose qu’un intérêt utilitariste, on ramène toujours la réalité à sa propre perception. Diego, lui, voit au-delà. « Je recrée, je fais revivre les choses. Un objet, pour vous, c’est rien du tout, mais, façonné, c’est fou ce que ça peut devenir ! »
Comme tout exposant, Diego a son actualité. Pour Noël, il promet « quelque chose d’hallucinant, du jamais vu » sur le périf. Il lâche une exclusivité à propos de ce qui devrait être une crèche vivante. En attendant, on lui souhaite de maintenir cette volonté inébranlable qu’il sait si bien communiquer.

Eléna VOLOCHINE


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mardi 23 octobre 2007