Les 13 000 élèves parisiens qui entreront en seconde en septembre 2008 pourront choisir leur lycée, comme vient de l’annoncer le rectorat de Paris. Chaque collégien aura le choix de présenter, dès le mois de mai, entre quatre voeux minimum et dix maxi parmi les 70 lycées généraux et technologiques de la capitale. Les candidats auront toutefois la possibilité d’émettre plusieurs voeux pour un même établissement, en jouant sur les langues proposées et les options offertes, ce qui augmentera leurs chances d’y être pris. Au final, dans la majorité des cas, c’est l’ordinateur qui statuera sur l’affectation des collégiens de troisième dans leur lycée d’accueil*. Impossible théoriquement d’influencer le choix de la machine qui prendra en compte des priorités : élèves boursiers, handicapés ou malades, critères familiaux (proximité du domicile, rapprochement des fratries, etc.), résultats scolaires en français, langue vivante 1, histoire-géographie, maths et sport. Pour chacun de ces critères une "pondération" est prévue (les coefficients attribués à ces critères ne sont pas encore fixés). Dès la fin juin, chaque élève se verra attribuer une place en seconde la plus proche possible des voeux de sa famille.
Le principe de la carte scolaire était censée assurer la "mixité sociale" en obligeant les habitants d’un secteur à fréquenter le même établissement, qu’importe leur niveau de ressources, qu’ils soient ou non issus de l’immigration, etc. L’usage de la carte scolaire n’était toutefois plus en accord avec la théorie établie en 1963. La carte avait du reste déjà peu à peu disparu du paysage pour les lycées parisiens qui n’étaient plus répartis que dans quatre secteurs géographiques. Le jeu des dérogations (gérées par l’Inspection Académique) a par ailleurs conduit un nombre toujours plus important (40% des élèves parisiens de 6ème par exemple) à s’inscrire dans un établissement hors secteur. Finalement, loin de disparaître, les ghettos scolaires se sont renforcés. Une étude publié en 2005 par le rectorat de Paris, montrait ainsi que sur les 109 collèges publics que compte l’académie de Paris, les classes de 6ème des 58 établissements les plus favorisés étaient composées à 46 % d’élèves issus de catégories socioprofessionnelles privilégiées, contre 18 % issus de milieux modestes. A contrario, dans les 17 collèges les moins favorisés, les proportions s’élevaient respectivement à 7 et 51 %.
Pour certains, la suppression de la carte scolaire ne fera qu’accroître le fossé qui sépare les établissements entre eux. Plutôt que de la supprimer, ils suggèrent au contraire de la faire pleinement appliquer (en mettant fin notamment aux dérogations abusives), et de réformer de manière plus générale le système éducatif. L’ouverture d’options dites "prestigieuses" dans les établissements défavorisés, est une parmi les nombreuses mesures possibles. Tout comme le fait d’amplifier les moyens de lutte contre la violence à l’école (surveillance renforcée, sanctions mieux appliquées, aide aux parents, accroissement des classes relais, etc...). La FCPE, principale fédération des parents d’élèves, soulève un problème crucial en appelant à ce que les établissements privés sous contrat (enseignants rémunérés par l’argent public et bénéficiant de subventions municipales) soient inclus dans la carte scolaire. Eux peuvent en effet sélectionner les familles alors que les écoles publiques ont obligation d’accueillir tout le monde. En brisant ce tabou, la FCPE met le doigt là où ça fait mal.
* Le recrutement national organisé par les lycées Heni IV et Louis-le-Grand, n’est pas visé par cette réforme. Les meilleurs élèves pourront continuer à adresser un dossier pour accéder à ces établissements de prestige. De même, les lycées spécialisés comme Boulle et Estienne, ne sont pas concernés et continuent à recruter nationalement.

envoyer par mail