Qu’il s’agisse des présidents d’universités, des professeurs ou des étudiants eux-mêmes, tous sont formels : la lutte contre l’échec massif en premier cycle doit devenir la priorité des priorités, comme le souligne Michel Lussault, président de l’université de Tour. Aujourd’hui, 25 à 30 % des nouveaux entrants abandonnent avant la fin de la première année, et 20% de ceux qui restent ne passent pas le cap de la licence. Au total, plus de 115 000 étudiants sortent chaque année de l’université sans le moindre diplôme. Constat alarmant, surtout quand on sait que les Master 2 (anciens DESS ou DEA) pratiquent une sélection draconienne, sanctionnant les étudiants qui auraient, dans leur cursus universitaire, perdu une année d’étude en se trompant de voie. Car oui, beaucoup d’étudiants n’échouent pas à l’université mais s’égarent, par manque d’assiduité parfois, par erreur d’orientation souvent. Comment se déroule l’orientation d’un élève de terminale ? La question mérite d’être posée si l’on veut tenter de comprendre les causes de l’échec massif en premier cycle. Chaque lycée et collège dispose d’un conseiller d’orientation qui assure une présence plus ou moins soutenue, variant selon le nombre d’élèves de l’établissement et son classement en zone d’éducation prioritaire. Ainsi, un lycée classé en ZEP, ayant un effectif de 2000 élèves, peut prétendre à douze heures de présence en moyenne. Aux élèves ensuite de décrocher le précieux rendez-vous. Si tous les créneaux horaires sont pleins -ce qui est souvent le cas dès la seconde semaine de la rentrée de terminale-, il reste encore aux plus motivés le CIO (Centre d’information et d’orientation), situé plus ou moins loin de chez eux, puisque seuls 600 CIO existent en France et recouvrent donc chacun plusieurs communes. Là, les lycéens trouveront des conseillers d’orientation pour les recevoir, avec ou sans rendez-vous, ainsi que toutes les informations nécessaires à leur orientation : guide de l’étudiant, brochures ONICEP, plaquettes de présentation des établissements de l’enseignement supérieur privé ou public entre autres. Bref, force est de constater que l’information foisonne, le tout est d’aller la chercher, ce qui n’est parfois pas une mince affaire. Les conseillers d’orientation que j’ai interrogés m’ont tous répondu à l’unisson que le personnel manquait et que les élèves devaient parfois attendre trois mois avant d’obtenir un rendez-vous. De plus, le nombre de CIO demeure bien insuffisant comparé à l’offre croissante d’études post bac. Pourtant, il est absolument indispensable qu’un étudiant soit préparé et averti sur son potentiel avenir universitaire. Surtout, il est impératif qu’il soit motivé par les études qu’il entreprend. Seconde cause de l’échec en licence, l’orientation par défaut est un problème bien réel qui perdure encore et toujours. Les étudiants refusés en BTS, IUT ou classes préparatoires se tournent vers la fac sans grande conviction. Or, la responsabilisation et l’intérêt qu’impliquent les études à l’université ne sont pas compatibles avec un manque de motivation. Ainsi, l’orientation semble nécessiter davantage de moyens financiers et matériels, afin de lutter activement contre l’abandon en premier cycle. L’Unef a tiré cet été le signal d’alarme en demandant à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche la mise en œuvre d’un chantier pour remédier au problème. La réponse ne s’est pas faite attendre, et un forum, mis en place par le ministère de l’Enseignement supérieur, est depuis peu à disposition des jeunes internautes souhaitant faire part de leurs idées et expériences, afin d’aider le gouvernement à trouver les solutions les mieux adaptées. Rappelons que le gouvernement Villepin avait déjà tenté, l’année passée, d’inaugurer une procédure de pré inscription des lycéens à l’université afin de mieux orienter ces derniers lors d’entretiens individuels. Mais, peu d’entretiens ont été organisés par les universités qui, loin de trouver l’idée mauvaise, se contentent de déplorer l’absence de moyens. Or, l’Unef et les présidents d’université ont fait savoir que les 40 millions d’euros prévus pour le nouveau chantier leur semblaient largement insuffisants. Le bras de fer qui oppose les étudiants au gouvernement ne risque pas de s’arrêter de si tôt.
Laureline Dupont

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