Un îlot, quelque part en pleine mer, ailleurs peut-être que sur Terre. C´est là que se déroule la vie de la veuve, la couturière et la commère. Sans âge, trop infantiles pour être réellement âgées, mais déjà trop écorchées pour être encore jeunes, elles vaquent à leurs occupations. L´une n´a de cesse d´ériger des mausolées à ses défunts compagnons de route, l´autre habille le monde de ses petits ciseaux à bouts ronds tandis que la dernière est reliée au continent par de grands écouteurs-coquillages, qui lui permettent de se maintenir informée des derniers ragots. De temps à autre, un fou (Zbigniew Horoks) et un hidalgo (Philippe Fenwick) se joignent à elles dans cet étrange ballet des sentiments, où personne n´est jamais tout à fait ce que l´on croit.
Difficile de transcrire en mots l´essence du texte de Charlotte Escamez, qui, s´il est tantôt sobre et épuré, confine le plus souvent à l´étrange. Mais l´étrange au sens le plus noble du terme ; celui de Tim Burton dans ses meilleurs films par exemple. Cupides, veules et dans un profond désarroi sentimental, ces trois femmes-sœurs-amantes rappellent tour à tour Hocus Pocus, les Furies de la mythologie grecque ou encore les sorcières d´Eastwick. Autant de références pour autant de scènes-clés de cette truculente comédie, comme cette séquence, merveilleuse, où les rêves de chacune viennent mettre à jour leurs secrets enfouis.

- BM PALAZON
De ces situations cocasses, William Mesguich a tiré une mise en scène où l´intelligence de la création sonore et lumineuse le dispute à l´ingéniosité des décors et de l´organisation de l´espace. Enlevée et entraînante, elle est aussi le socle de l´interprétation tout en finesse et au diapason des comédiens. Tous ont su mettre leur jeu au service de leurs personnages, et si Agathe Alexis convainc particulièrement en campant formidablement une Maria engluée dans sa rancœur mais boursouflée de tendresse, il faudrait les citer tous, tant la complicité sur scène est palpable.
Farce onirique et meurtrière, La veuve, la couturière et la commère parvient surtout à faire ressortir les travers de ses personnages avec une grande finesse. Que ce soit Antonia (Michèle Simonnet), qui n´aime jamais autant ses maris que morts, Lola (Anne de Broca), dont le pire cauchemar serait de n´avoir plus personne à qui raconter ses commérages ou l´hidalgo, qui ne sait plus très bien s´il veut être homme, femme ou mouette, ils partagent tous cette secrète mais immense humanité. Et si la pièce revêt parfois des allures de cauchemars, elle invite surtout souvent au rire et au rêve, nous rappelant avec ironie à nos propres obsessions.
Jean-Baptiste Viaud
La veuve, la couturière et la commère de Charlotte Escamez Mise en scène de William Mesguich Tous les jours sauf le mardi jusqu’au 22 décembre à 20h30, matinées le dimanche à 17h Théâtre de l’Atalante, 10 pl Charles Dullin, Paris 18 Tarifs : 18/13/8 Réservations au 01.46.06.11.90


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