C’est le temps fort du théâtre privé parisien. Après « L’Aube le soir ou la nuit », qui avait défrayé la chronique à la rentrée littéraire, Yasmina Reza revient au métier de dramaturge et monte « Le Dieu du carnage » au Théâtre Antoine. Et l’évènement prend une épaisseur supplémentaire au vu du casting : Eric Elmosnino, André Marcon, Valérie Bonneton et Isabelle Huppert, qu’on a rarement vue explorer si profondément la veine comique.
Ils forment deux couples, les Houillé et les Reille, qui se retrouvent à dîner autour d’un fait divers insignifiant : l’enfant Reille a cassé les dents de l’enfant Houillé au cours d’une bagarre. Un dîner qui dégénère, prétexte à un dépeçage assassin des mœurs de la bourgeoisie de gauche. D’apparence policée, les protagonistes se fissurent et vont mettre à jour une animalité qui explose sous les masques. Férocement ironique, l’auteure et metteure en scène nous montre l’empêtrement de la classe bobo dans ses contradictions, sans la moindre concession au politiquement correct. C’est drôle, c’est oppressant, c’est du grand Reza.
Thomas Jean
« Le Dieu du carnage » de Yasmina Reza, Théâtre Antoine, Paris 10è. Mise en scène : Yasmina Reza, avec Isabelle Huppert, Eric Elmosnino, André Marcon et Valérie Bonneton

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