Adeptes d’une forme d’humour qui ne se pratique que trop rarement, celui basé sur le verbe et la pensée malicieuse, le duo de la compagnie Trëma formé de Catherine Artigala et Florent Meyer nous invite une heure durant au pays des Pierre Dac et Raymond Devos.
Sur un rythme soutenu, pour ne pas dire effréné, le couple récite et joue une sélection de bons mots et de belles phrases signées Michel Monnereau, auteur notamment des Morsures de l’Amour (Ed. La Table Ronde). L’auteur aime la langue française et le spectacle constitue en cela une belle vitrine de ses possibilités et de ses formes. Contrepèteries ("Mettre son singe à lêcher"...), calembours et autres jeux se succèdent sans jamais lasser, grâce notamment aux deux comédiens qui ajoutent à une très bonne diction, un jeu de scène dynamique et cocasse, prenant bien soin de ne jamais trop surligner le texte par le geste.
Cette forme de délicatesse et de respect envers le verbe de Monnereau permet d’en apprécier autant que possible la qualité et les double sens ("N’insistez pas dit la mer, je me retire"), même si on regrettera parfois de n’avoir pas suffisamment de temps pour les intégrer tous aussi bien. Outre le jeu sur les mots, Michel Monnereau s’est aussi attaqué à leurs sens. De ces frictions naissent des pensées. En endommageant légèrement la langue française pour le bien des zygomatiques, l’auteur s’accorde une liberté de ton jouissive.
Ces Zhumoristiques peuvent rire de tout parce qu’ils ne rient que des mots. C’est à la fois un jeu d’enfant qui manipule un rubiks cube et un jeu d’adulte qui en déconstruisant des expressions, en travaillant la langue au corps, décortique les modes de pensée de ceux qui les utilisent. Traitant de la mort sans tabous ni gène, Michel Monnereau n’a pas peur de faire grincer des dents, ou rire jaune, en multipliant les épitaphes fantaisistes comme celle du séducteur : "ci-jouit Don Juan". Le quotidien est par ailleurs une autre de ses sources d’inspiration majeures. Parodiant par exemple la langue propre aux documents administratifs, qui utilisent toutes sortes d’expressions toutes faites, le plus souvent glaçantes compte-tenu de leurs propos, l’auteur se moque des hypocrisies, des pudibonderies, des petites lâchetés du quotidien dont la langue même garde des traces.
Ouvert au monde parce que les mots en sont la clé, ce spectacle est au final une alternative rafraîchissante à cette mode du one-man show egocentré qui squatte les salles de spectacle.
Morgan Le Moullac
Les Zhumoristiques
Texte de Michel Monnereau
Mise en scène et lumières de Florent Meyer
Avec : Catherine Artigala et Florent Meyer
Musique de Nicolaï Maslenko
Jusqu’au 2 avril 2009, les mardi, mercredi et jeudi à 19h30
Théâtre de Menilmontant, 15 rue du retrait, Paris 20e, M°Gambetta
Réservations au : 0146369860

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