Quatre ans après sa création houleuse, les réactions à la reprise de "Umwelt" de Maguy Marin ne sont pas plus apaisées. Sans parler de bronca, le public est pour le moins divisé. Il est vrai que la pièce surprend par sa sécheresse. Mais avec quelle force implacable elle déroule son propos ! Dans un brouhaha oppressant qui happe le spectateur comme une turbine, les danseurs apparaissent et disparaissent derrière un dispositif de miroirs en ligne, fichés dans le sol et oscillant au gré d’une soufflerie. A deux, trois, ou quatre, ils s’exposent brièvement à nos yeux, un fragment d’humanité greffé au corps : les uns portent des kimonos, les autres nous prennent en photo, d’autres encore esquissent des duos très éphémères. C’est une arche de Noé civilisée qui défile mais elle ne demande qu’à basculer dans la sauvagerie. D’un rythme lancinant, ces apparitions en série se répètent et gagnent en tension. Ceux qui jouaient avec une canette de soda shootent maintenant dans un bébé, ceux qui mangeaient une pomme croquent une meringue explosive. La mécanique s’emballe : des sacs de briques sont jetés au sol, les corps tombent, des courses-poursuites hurlantes s’engagent de s’estompent. On assiste à la montée angoissante d’un chaos qui ne viendra pas : le monde semble se désagréger mais les danseurs poursuivent leurs apparitions d’une morbide régularité. Cette gestuelle radicale, qui refuse au mouvement de trop larges amplitudes et l’enserre dans un espace scénique circonscrit aux miroirs, elle nous prend à la gorge car elle dessine d’un trait magistral les contours d’un monde sans issue, condamné à tourner en boucle.
Maguy Marin présente également au Théâtre des Abbesses « Ha ! Ha ! », une création qui passe la notion du « rire » au crible chorégraphique.
Thomas Jean
« Umwelt », jusqu’au 23 février, Théâtre de la Ville « Ha ! Ha ! », du 4 au 6 mars, Théâtre des Abbesses

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