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Mémoire de la Shoah au CM2 : Formation d’une mission de réflexion


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La mémoire des enfants juifs morts en déportation sera bel et bien au programme des CM2 à la rentrée 2008, "car la moitié des lycéens ne savent pas ce qu’est la Shoah" a insisté le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos.

Mais le projet annoncé par Nicolas Sarkozy au dîner du Crif, va être affiné. Le nom de chacun des enfants juifs déportés ne sera plus confié à un élève, mais probablement à une classe.

"Ce qui est critiqué, c’est la complexité de l’idée d’une adoption d’un enfant par un enfant, mais personne ne critique le principe qu’il faille connaître la Shoah", a-t-il souligné. L’idée de "confier la mémoire" d’un enfant mort à un vivant, qui avait tant choqué enseignants, historiens et pédopsychiatres, est donc de fait abandonnée. "Nous allons faire un petit peu bouger la chose, en sorte que ce soit la classe plutôt qui adopte un enfant", a expliqué Darcos.

M. Darcos crée une mission afin "d’élaborer les documents pédagogiques valorisant ce travail confié aux enseignants du primaire". Cette mission est présidée par Hélène Waysbord-Loing, inspectrice honoraire et présidente de l’association de la Maison d’Izieux.

Le 13 février 2008, le président, lors du dîner annuel du Crif avait décrété : "Chaque année, à partir de la rentrée 2008, tous les enfants de CM2 se verront confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah"

Ce qui a aussitôt déclenché une violente polémique.

- Simone Veil, a durement condamné l’idée, la qualifiant d’"inimaginable, d’insoutenable et d’injuste". "On ne peut pas infliger cela à des petits de dix ans ! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent très bien de ces sujets à l’école".
- "Il y a le risque que l’élève ait un sentiment de culpabilité pour le destin d’un élève duquel il n’est aucunement responsable", a affirmé le Snuipp-FSU (enseignants, majoritaire au primaire), tandis qu’au Sgen-CFDT, on soulignait le danger du "développement d’une certaine morbidité" chez certains enfants.
- "Il ne faut pas que l’enfant en retire une culpabilisation", a déclaré le président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (Crif), Richard Prasquier, qui conçoit cette initiative "plutôt dans son aspect pédagogique que comme un devoir de mémoire".
- "L’invocation de la Shoah de façon émotionnelle se fait au détriment de la compréhension de la singularité historique et politique de ce phénomène", s’insurge Barbara Lefebvre, professeur d’histoire et auteur de « Comprendre les génocides du XXème siècle, comparer, enseigner » (éd. Bréal).
- "Il faut distinguer les intentions, louables, de vouloir lutter contre l’antisémitisme des effets produits", acquiesce Alain Seksig, inspecteur de l’Education nationale. "Il faut inscrire cela dans un projet pédagogique plus large."

Simone Veil, l’ex-ministre et ancienne déportée accepte de participer à la mission chargée d’élaborer les instruments pédagogiques. Simone Veil est présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.


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mardi 19 février 2008