Antoine (Albert Dupontel) a le profil type du quadragénaire qui a bien réussi dans la vie. C’est du moins ce que l’on constate quand, la veille de son anniversaire, celui-ci s’acharne tout d’un coup à détruire cette belle situation. Simple ras-le-bol ou crise de la quarantaine ? Pour une raison qui nous échappe, job, femme, enfants, amis : Antoine envoie tout promener. Y’aurait-il une femme derrière tout ça ? Un déjeuner en tête à tête avec une belle brune, Marion (Alessandra Martines), le laisserait supposer. Face aux questions de sa femme, Cécile (Marie-Josée Croze), Antoine devient odieux, agressif. Le lendemain, ses amis lui ont organisé une fête d’anniversaire surprise : la soirée tourne au règlement de compte. Au matin, Antoine prend la route, laissant son entourage abasourdi. Direction une petite baraque perdue au milieu des lacs d’Irlande, où vit un vieux pêcheur (Pierre Vaneck), son père…
Deux jours à tuer est construit en deux parties, la seconde étant le parfait contrepoint de la première. Acte I : un personnage façon « Misanthrope » de Molière semble se révolter contre son milieu, bobo et bien loti, de professions libérales. Antoine fait sauter le vernis social, mais avec une telle violence qu’on soupçonne un thriller psychologique à la clef. Pourtant, rupture de ton après son départ. Loin des mondanités de la ville, l’acte II est nettement plus bucolique et poétique : Jean Becker revient à ses thèmes de prédilection. Auprès de la figure paternelle, c’est le retour aux sources et aux souvenirs d’enfance : un cadre intime, élu pour recueillir le secret du personnage.
Tout le problème porte sur ce fameux secret, en effet. Le film étant fondé sur une révélation tardive, le spectateur se rend compte a posteriori qu’il a été manipulé. Pendant les ¾ du film, Antoine est perçu, au choix, comme un salaud complet ou un malade mental. A seulement ¼ d’heure de la fin, on nous démontre le contraire. Deux jours à tuer est donc sujet à controverse. Face au thème qu’il aborde, certains n’admettront pas un tel traitement, façon « coup de théâtre », « rebondissement de dernière minute ». Ils s’offusqueront d’être ainsi menés en bateau et refuseront de cautionner le comportement, extrême, d’Antoine. On en viendrait presque à se montrer sceptique vis-à-vis de la crédibilité du personnage et du scénario. A force de sourires mielleux et d’invectives teintées d’humour vachard, Albert Dupontel en ferait-il trop ?
« Mais à quoi joue-t-il ? » se demande-t-on constamment. Par moment, trop occupé à faire le méchant, il se perd dans la démonstration grotesque. Et lors du repas d’anniversaire, ses partenaires ne lui facilitent pas la tâche. Cette brochette de caricatures falotes agace par une sorte de mollesse consensuelle. Ils n’ont pas le beau rôle, les pauvres : on n’a qu’une envie, les tirer de leur léthargie. Pas étonnant alors que Dupontel en fasse des caisses ! En vérité, si l’on part du principe que le film n’est pas réaliste en soi, on peut le concevoir comme une parabole, narrant la légende d’un héros qui se sacrifie par amour. Alors là, on peut y croire et la méchanceté prend sens : elle devient une forme de courage. Il faut voir Antoine, tout sourire, briser le cœur de ses gamins en leur assénant que leurs dessins sont ratés : cruel mais héroïque ! Plus sérieusement, l’acteur sait se montrer touchant, tout en douleur retenue, lors de la scène d’adieu aux enfants ou d’une brève rencontre avec un auto-stoppeur. Il parvient par intermittence à incarner deux idées : volonté d’autodestruction et je-m’en-foutisme rageur, auxquels d’aucuns s’identifieront. Cependant, l’irréalisme sous-jacent du film n’excuse pas les quelques erreurs de script relevées ça et là et surtout cette bourde de casting monumentale : entre nous, qui oserait préférer Alessandra Martines à la douce et ravissante Marie-Josée Croze, qui en impose chaque fois qu’elle passe à l’écran ? Seule vraie réussite du film, la scène « de crise conjugale » qu’elle partage avec Dupontel est inspirée et émouvante, tout en désespoir contenu.
Finalement, hormis cette perle isolée : un résultat mitigé, maladroit malgré un sujet qui interpelle et de jolis moments.

Date de sortie : le 30 avril 2008
Durée : 1h25
Réalisation : Jean Becker
D’après le roman de François d’Epenoux
Adaptation et dialogues : Eric Assous, François d’Epenoux et Jean Becker
Avec : Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Pierre Vaneck, Alessandra Martines, Francois Marthouret, Mathias Mlekuz, Cristiana Reali, Claire Nebout, Anne Loiret, Samuel Labarthe, José Paul, Daphné Bürki, Xavier Gallais…
Production : Louis Becker
Musique originale de : Alain et Patrick Goraguer
Directeur de la photographie : Arthur Cloquet
Distribution : Studio Canal, France
Olivia COHEN

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