L’exposition ne passe pas.
L’exposition "Les Parisiens sous l’Occupation", présentée jusqu’au 1er juillet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), met en scène 270 photographies inédites en couleurs d’André Zucca, un photographe qui travaillait à l’époque pour Signal, un journal de propagande nazie. Le magazine avait pour vocation de vanter le comportement "exemplaire" de la Wehrmacht dans tous les pays sous occupation nazie.
L’exposition est présentée comme "une vision de la vie parisienne pendant l’Occupation et la Libération".
Présentées sans explications, ses photos ont jeté le trouble.
Devant l’émotion suscitée par l’exposition, les organisateurs ont fini par rédiger une mise en garde : "l’exposition ici présentée réunit un ensemble de 270 photographies réalisées par André Zucca pendant l’Occupation allemande". "Ce que nous donne à voir André Zucca est donc un Paris léger, voire insouciant. Il a choisi un regard qui ne montre rien, ou si peu, de la réalité de l’Occupation et de ses aspects dramatiques ... Dans ces images, nulle trace non plus de la Résistance, pourtant présente à Paris depuis 1940."
Paris retire les affiches de l’exposition
Christophe Girard, chargé de la culture auprès de Bertrand Delanoë, l’a annoncé à Arrêt sur images en précisant :
"Le regard de Zucca, plein talent sans doute, ne peut pas être le nôtre aujourd’hui", argumente Christophe Girard, qui a découvert l’exposition lors de son inauguration. "Le travail d’explication sur ces images est insuffisant."
"Le titre ne nous plaît pas", a ajouté l’adjoint de Bertrand Delanoë.
Très peu ou pas de place est accordée à la réalité de l’occupation et de ses aspects dramatiques : aucune photographie de la rafle du "Vel d’Hiv" et seulement deux clichés de juifs portant l’étoile jaune. Aucune photo sur les longues files d’attente de parisiens munis de leurs cartes de rationnement devant les magasins d’alimentation et les contrôles d’identité de la police allemande.
Que du ciel bleu et du soleil, des parisiens et surtout des parisiennes qui vaquent à leurs occupations comme si "l’occupation" n’existait pas.
Les organisateurs auraient dû replacer ces photos dans leur contexte. Des textes auraient dû rappeler que pendant que les belles dames déambulaient tranquillement sur les Champs-Elysées ou aux courses à Longchamp, à quelques rues de là on torturait, on déportait.
André Zucca (1898-1973) :
Après de nombreux reportages à travers le monde, André Zucca devient l’un des photographes de presse les plus actifs dès 1937. Correspondant de guerre pour France Soir et pour Paris Match en septembre 1939, André Zucca est requis par l’occupant en 1941 et participe alors au magazine de propagande Signal.
De toutes les photographies présentées dans l’exposition, pas une seule ne fut publiée dans ce magazine nazi, qui réservait la couleur aux seules photos de guerre.
A la Libération, André Zucca perd sa carte de presse et est écarté de la profession de journaliste.

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