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"Parsifal" de Wagner à l’Opéra Bastille.


Le metteur en scène Krzysztof Warlikowski nous livre un Parsifal poignant d’intelligence à l’Opéra de Paris.

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Il semble qu’il y ait un grand malentendu entre une partie du public d’opéra et certains metteurs en scène qui veulent hisser l’art lyrique au rang de véritable art politique. Dommage, car l’opéra devient justement passionnant quand il s’extrait des carcans de la tradition pour nous parler d’aujourd’hui. On reste alors interdit devant les huées qui accueillent la magnifique production de Parsifal à l’Opéra Bastille, comme si l’audace et l’intelligence étaient des vertus condamnables. Car la mise en scène du Polonais Krzysztof Warlikowski est de celles qui servent au mieux la musique de Wagner : en évitant tout effet fanfaron, elle replace l’œuvre au cœur d’une intrication de sens. D’une lame virtuose, elle dissèque cet opéra aux accents moyenâgeux, elle décape son vernis ésotérique pour faire saillir un squelette bien vivant : Parsifal est à nu et c’est un choc salutaire que de se confronter à cette vision crue, très laïque du dernier opéra de Wagner. Un enfant marche dans les ruines de Berlin, il se suicide. Cet extrait sublime et terrible d’ « Allemagne, année zéro » de Roberto Rossellini que Warlikowski projette au début de l’acte III n’a rien d’une allusion vaine aux accointances antisémites de Wagner. C’est pourtant ce qui semble outrer certains spectateurs. On nous montre un monde anéanti, une « année zéro » : l’acte III parle-t-il d’autre chose ? Non. Il y est question de renouveau, de renaissance : Parsifal revient au château du Graal pour ramener Amfortas à la vie. Le retour à la vie, c’est aussi ce que suggèrent ces plates-bandes jardinières disposées en avant-scène, lointain écho aux potagers qui poussaient dans la Vienne d’après-guerre, au milieu des ruines, comme nous l’a expliqué le metteur en scène. Des germes de vie sur le terreau fertile de la mort. Le Parsifal de Warlikowski va bien plus loin que la fable christiano-ritualiste à laquelle certains veulent le réduire. Il nous parle des utopies agonisantes, de la possibilité d’une reconstruction post-chaos. Comme les leitmotive qui structurent la partition de Wagner, l’enfant de Rossellini vient hanter en chair et en os l’ensemble du spectacle, double du héros, part d’innocence éternelle qui habite l’être « pur ». Leitmotiv aussi cette omniprésente silhouette androgyne et peroxydée, tout droit échappée de « 2001 : Odyssée de l’espace » dont le metteur en scène nous gratifie d’un extrait au début de l’acte I. Warlikowski maîtrise comme personne les inserts cinématographiques : il les fait entrer en résonance avec l’intrigue, soudain gonflée de perspectives nouvelles. Les questions s’entrelacent, les niveaux de lecture se superposent : rarement l’univers singulier d’un metteur en scène n’aura illustré avec tant de vigueur et de pertinence ce livret tellement abscons. Si l’on ajoute à cela l’incroyable niveau musical de la distribution, on obtient le spectacle sans doute le plus saisissant de la saison lyrique, l’un de ceux qui laissent tremblant, avec l’impression trouble d’avoir assisté à quelque chose d’inouï.

Thomas Jean

« Parsifal » de Richard Wagner, Opéra Bastille, jusqu’au 23 mars. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Direction musicale : Hartmut Haenchen. Avec Christopher Ventris (Parsifal), Waltraud Meier (Kundry), Alexander Marco-Buhrmester (Amfortas), Victor von Halem (Titurel), Franz Josef Selig (Gurnemanz), Evgeny Nikitin (Klingsor) Crédit photo : R.Waltz/Opéra national de Paris


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mercredi 19 mars 2008