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Petits coins


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Traverser la rue simplement en écartant les bras. C’est possible, même sans avoir de grands bras, près de Notre-Dame. La rue en question, baptisée du Chat qui pêche, est la plus étroite de Paris. Quant à la plus minuscule de la capitale, elle se trouve dans un secteur beaucoup moins touristique, au nord du 10ème. Bref, je vous emmène à la découverte de quelques uns parmi les plus petits coins de Paris.

Un resto riquiqui 15 m², piano compris. Le Petit Vatel est, à ma connaissance, le plus petit restaurant de Paris. L’hiver, c’est sûr car l’été, le patron peut s’agrandir en posant trois ou quatre tables sur le trottoir. Pierre, c’est le nom de l’amphitryon, avait de sérieuses prédispositions. Il nous confia, en effet, qu’après avoir beaucoup voyagé, parcouru le grand monde, il songea un jour à poser sa musette. C’était il y a dix ans. Le voilà donc en quête d’un resto à reprendre. Il est à deux doigts de signer pour Thé et Poésie, une adresse du 17ème qui a fait long feu, mais était encore plus étriquée, pas plus de 10m². J’ai connu. Le patron avait une tête de vieux pâtre grec. Sa femme faisait son pain. Bref, au final, l’affaire ne s’était pas faite et Pierre s’était rabattu sur Le Petit Vatel qui nous occupe. 15 m² en tout, disais-je. On ne s’y sent pourtant pas à l’étroit. Je vois plusieurs raisons. D’abord, le patron est du genre cool et convivial. Il m’est à l’aise. Deuxièmement, il semble faire profiter sa clientèle des grands espaces qu’il a du voir du temps de ces voyages. Une sorte d’exotisme ramené dans sa besace. Et puis ne réduisons pas Le Petit Vatel à sa dimension de poche. La cuisine y est au-dessus de la moyenne (disons un 13/20). On y sert un frichti frais et franc. Le patron fait danser les épices. Il se fait saluer par les passants dans ce quartier (Saint-Germain) où l’on a plutôt l’habitude de toiser (et toc). Et puis, de la même manière qu’il s’y entend pour compresser les égo, Le Petit Vatel pratique des prix réduits. 5, rue Lobineau, 6e, ouv. mar.-sam., 12 h-14 h 30 et 19 h-22 h 30, compter 25 €.

L’immeuble le plus étroit Il monte comme une cheminée à l’angle des rues de Cléry et du Beauregard. Comment a-t-on pu imaginer loger des gens dans un pareil tuyau ? Eh bien non seulement on y loge mais on y mange, on y danse, on y masse et on s’y embrasse. L’immeuble abrite en effet un restaurant lounge libertin. Son nom : Autrement chez soi. Une affichette annonce la couleur ainsi : « Dans un espace unique à cinq niveaux, bien-être et harmonie. Entrez vous détendre à deux ou entre amis. Tous les jours, bar à vins, déjeuner, dîner* ». Ajoutons à ce que l’on peut apercevoir à travers la vitrine sur rue, des photos de Charly Parker, de Charlie Chaplin et un bouquin de Khalil Gibran, « Le Prophète », éd. Casterman. Pas mal comme références. Puisqu’on nous invite à entrer, entrons. Bruit d’aspirateur. Didier émerge de derrière un comptoir. « C’est pour quoi ? » - « Je viens voir… » Didier, très décontracté, me propose de visiter. Il désigne un piano qui, vu le peu de place, mange l’espace. « On joue de la musique, j’aime bien taper le bœuf avec des amis », indique Didier. Un escalier en colimaçon au diamètre d’une roue de vélo permet d’accéder aux étages. Les moins courageux peuvent emprunter l’ascenseur dont on se demande comment il peut contenir quoi que ce soit. Précisons qu’il est défendu de s’y abandonner à de fougueux ébats. Les secousses risqueraient de provoquer une panne. Nous montons au 1er. La salle à manger. Une douzaine de couverts. Un plafond imitant le ciel. « C’est un restaurant coquin ici », précise Didier au cas où nous n’aurions pas bien saisi. « On ne rentre qu’en couple », ajoute notre hôte. Le programme est étudiée : déjeuner coquin le midi, cinq à sept en lounge-bar, dîner aux chandelles le soir, ouvert jusqu’à 2 h du lundi au vendredi. Le samedi est réservé à des soirées privées sur invitation, tandis que le dimanche, on y propose un « after » avec petit déjeuner de 4 h à 10 h du matin et que le dimanche soir, c’est « gay partie pasta ». Le concept a l’air d’avoir été mûri. Nous voici maintenant au second. Un boudoir. « Ici, pas de musique », prévient Didier. Dois-je comprendre que les coquineries sérieuses peuvent commencer ? « C’est partout les coquineries, reprend Didier. Même dans l’escalier si on veut. Euh, mais pas dans l’ascenseur. » Le 3ème étage est meublé d’une table ronde en verre, noir, me semble-t-il, autour de laquelle les convives doivent se lécher les babines. Arrive le 4ème niveau de l’immeuble cigarette. Le baisodrome. Là, c’est clair, on s’allonge. Il est temps que Didier nous précise la différence entre « libertinage » et « échangisme ». « Ici, expose le maître des lieux, ce n’est pas un club mais un before (comprenez, un lieu pour le début de nuit) et nous ne pratiquons pas l’échangisme. Si le couple veut rester là, personne ne viendra l’embêter. Mais si les gens ont envie de s’embrasser, de se caresser, ils ont le droit. Après, c’est à chacun de voir… » On imagine mal les libertins se tenir chacun dans son coin dans des pièces de 15 m². D’autant que l’établissement peut accueillir jusqu’à 40 personnes, qu’il possède 5 niveaux, ce qui fait une moyenne de 8 libertins par étage, soit un pour 2 m². Forcément, ça incite au contact. Nous nous hissons enfin au dernier étage. Une jeune femme à la silhouette délicieuse fait le ménage. C’est Margot, la complice de Didier, qui nous précise qu’ils passent 3 h par jour à briquer. La pièce est située sous le petit toit croquignolet. On y trouve une salle de douche, équipée d’une table de massage, d’une lampe à UV et d’un… narghilé. Didier nous apprendra alors comment lui est venu l’idée d’ouvrir sa maison des plaisirs qu’il a un temps hésité à baptiser Á l’Angle des Sens. Torride. « Á la base, confie-t-il, je voulais partir à la montagne pour y ouvrir un gîte rural (étrange). Puis je me suis dis que ce serait bien de proposer aux couples un endroit où ils se sentent bien, complètement libre, pour attaquer la soirée. J’ai loué ici. » C’est toutes ses économies. Il y croit dur. Il faut dire qu’il connaît le segment de marché pour avoir travaillé comme chef aux Chandelles, une référence du genre. Il n’est pas trop dépaysé dans son immeuble-garçonnière aux allures de bougie.

Second volet la semaine prochaine...

* On peut noter, en entrée (6 €) le carpaccio-tomates-mozzarella, l’omelette aux girolles, etc. En plat (20 €), l’émincé de bœuf au paprika, le magret de canard au miel et soja, etc. Au dessert (7 €), le fromage frais au miel, etc. Les vins sont facturés de 30 à 80 €, et les champagnes de 90 à 120 €.

Autrement chez soi, 97, rue de Cléry, 10ème, tél. : 01.47.03.09.14.


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mercredi 29 novembre 2006