Poursuivons notre quête des plus petits coins de Paris. Partons à la recherche de l’insolite et du sensationnel mais aussi de la petite histoire, du presque rien.
Commençons par celui qui passe pour être le plus petit immeuble et l’est sans doute d’après nos recherches. Il se situe au 39, rue du Château d’Eau dans le 10ème arrondissement. Ses mensurations feraient sourire l’architecte de l’arche de la Défense (108 m x 110 m x 112 m) car cet habitat de poche ne dépasse pas 5 m de haut sur 1,40 m de large et 3 m de profondeur ! Sur une carte postale datant des années 1910 (dénichée à la géniale Photothèque des Jeunes Parisiens, 9, rue de Mulhouse, 2ème, tél. : 01.45.08.11.97., www.parimagine.com), on peut voir l’immeuble occupé par un dénommé J. Richard, cordonnier de son état. Il y semble à son aise et surtout fier de l’occuper. Avouez que l’ancienne devanture possède plus de tenue que le rideau en fer actuel surmonté d’un écriteau « Jeux Câlins ». En fait, la boutique olé olé n’existe plus. Elle semble avoir été opportunément annexée par un occupant de l’immeuble voisin pour agrandir son appartement. Comme quoi des petites choses mises bout à bout…
Rendons-nous maintenant au 13 quai Voltaire où l’on signale aussi « la plus étroite façade d’immeuble de Paris ». Elle ne l’est pas autant que celle de la rue du Château d’Eau car elle atteint allègrement 2,50 m de large. L’immeuble est en revanche incomparablement plus beau. Selon nos recoupements, il appartient à la Caisse des Dépôts qui s’en sert, ou s’en est servie, comme d’un lieu d’exposition d’art contemporain. L’édifice date du 17ème siècle (vers 1663-1665). La cour, à laquelle nous n’avons pas eu accès, recèlerait un vestige de la façade ouest de l’église des Théatins (le quai Voltaire fut appelé quai des Théatins après qu’un monastère de cet ordre s’y fut établi en 1644 ; c’est d’ailleurs à cet endroit que Voltaire poussa son dernier soupir).

Nous poussons nos investigations en Lilliputie jusqu’à « la rue la plus étroite de Paris ». Son nom est un poème puisqu’elle s’appelle rue du Chat qui pêche. Une carte postale datée de 1900, prise depuis le quai Saint-Michel, nous la présente aussi étriquée qu’aujourd’hui. La rue se serait anciennement appelée rue des Etuves. Elle aurait été ouverte au XVIème siècle et tiendrait son nom d’une enseigne (de quoi ?, ami lecteur peut-être le sais-tu). La venelle du matou pêcheur mesure 1,80 m de large. On peut la traverser les yeux fermés en écartant les bras. Notons pour être juste, qu’un sentier des Merisiers dans le 12ème est donné comme étant encore plus étroit (1 m seulement) !
La « rue la plus courte » ne souffre quant à elle aucune contestation. Elle clopine entre les n° 87 et 89 de la rue de Cléry dans le 2ème arrondissement. Son nom : rue des Degrés. Elle ne mesure que 5,75 m de long et n’a pas de numéro donc pas d’habitant ou d’entreprise domiciliés. Le moignon est fripé par un escalier de 14 marches. Sur une ancienne carte postale, on remarque au coin de la rue, la vitrine d’un café qui n’existe plus. Dommage. On note en revanche aujourd’hui la présence d’un visage de femme peint au pochoir légendé : « Et si je baisse les yeux ? ». Mieux vaut les lever car une plaque fixée sur l’immeuble qui marque l’angle à gauche, indique : « Ici, le baron de Batz et ses amis tentèrent de faire évader Louis XVI au matin du 21 janvier 1793 ». Un ancien du quartier, appelons-le Monsieur François, qui nous aperçut alors en train de fureter, nous confia que Catherine Deshayes, veuve Montvoisin, dite la Voisin (1640-1680) habitait dans un immeuble à côté (n° 23 rue de Beauregard). Jolie fréquentation. Il y eut même parait-il des prostituées plein la rue après-guerre. Le même monsieur explique qu’il y a cinq ans, un long métrage (« Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » avec Omar Sharif) a été tourné dans ce coin. Pour l’occasion, la mercerie visible dans l’alignement de la rue des Degrés fut changée comme par magie en une ancienne épicerie de quartier. Le vieux monsieur s’y serait cru.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Nous aurons sans doute encore l’occasion de remplir notre sac de confettis puisqu’on nous signale la « plus petit libraire de Paris », le « plus petit cimetière » ou le « plus petit café ». N’hésitez pas de votre côté à nous fournir des indices. Même minuscules.

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