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Tentative de classification des piétons en milieu urbain


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Le piéton est multiple. Nos édiles municipaux, les urbanistes, les fonctionnaires et autres joueurs de lego à taille humaine ne pourront être apporteurs de bonnes solutions. Cette population est touffue et si l’on veut tenter de la satisfaire, ce ne pourra être que de façon parcellaire. Il faudra donc commencer par découper dans ce corps social, parmi les pratiquants du mode déambulatoire. Tenter d’en extraire quelques-unes de ses principales composantes et pour celles-ci d’en saisir les coutumes.

Nos responsables ne pourront innover un tant soit peu en installant de nouveaux aménagements qu’en pleine concertation avec leurs associations bien sûr, mais en prenant soin d’élaborer au préalable une classification des piétons… forcément bien plus fine que cette grossière tentative.

Le piéton qui défile ? Il est militaire ou pas content. Militaire, il n’exprimera pas ses idées, mais il sera, en contrepartie, logé, nourri et habillé. Un rien lui suffit : des lignes de peinture au sol, des tribunes, une poignée d’officiels, quelques drapeaux. Et encore… il peut s’en passer.

Le « pas content » c’est différent. Il manifeste ses idées, son désaccord. Il est résolument contre. Il ne demande pas d’aménagements particuliers sur la voie publique. Ce qui le meut, c’est un intérêt supérieur. Moyennement supérieur, quand c’est corporatiste. Dès lors que c’est social, idéal ou politique, tous les niveaux sont susceptibles d’être représentés. Quand on l’interroge, il est exigeant et il veut beaucoup.

Le piéton qui achète ? Le bobo, s’il existe ? Le touriste ? On les gâte. On les aime. « Vous ne souhaitez pas être importunés par les voitures ? Tenez, regardez. Ce quartier devient piétonnier. Pour vous…et vous remarquerez que nous avons élargi les trottoirs. Nous les avons fleuris. Profitez de ces bancs. Voyez ces vigiles. Pour votre sécurité, c’est quand même plus rassurant ! »

Pour ce type de piétons, les associations de commerçants savent plaider avec force auprès des municipalités et des pouvoirs publics. Et ils obtiennent beaucoup. Mais il ne s’agira en général que de faire entrer ces prospects dans les boutiques, de doter plus richement encore les centres-villes et le Paris historique. Tout l’argent dépensé ici ne le sera pas là-bas. Forcément ! Et péréquation mon œil !

Le piéton « non client » ? Celui-là pose problème. On le cerne avec difficulté. Il peut être de natures si diverses. Il veut aller à son travail à pied ? Lui faut-il vraiment un trajet ? Nous ne sommes plus à l’époque des Expositions universelles et de leurs gigantesques trottoirs roulants ! Ne peut-il donc pas prendre comme tout le monde les transports en commun ? Un vélo ou sa voiture ? Que peut-on faire pour lui ? Il va se polluer. C’est imprudent ! On ne peut quand même pas être responsable de chacun, tout le temps et partout !

Et le piéton qui flâne ? Comment le satisfaire ? Des trajets protégés ? Des passerelles suspendues ? Quelle réussite celle qui fait face à la Bibliothèque Mitterrand ! Quels beaux jardins à Bercy ! Et l’exclu ? Le SDF ? Le fou dans la cité ? Ah lui il ne doit pas s’asseoir. Encore moins s’allonger. La RATP a acquis une certaine pratique dans le domaine du mobilier urbain dissuasif. Rien pour eux ! « Voyez ces vigiles. Pour notre sécurité, c’est quand même plus rassurant ! »

Et puis il y a les petits vieux et leurs mini trajets. Les étapes rapprochées sont nécessaires. Ils leur faut des bancs en masse ! C’est indispensable ! Bien exposés. De préférence au sud et protégés du vent.

Les amoureux ? Ils ne voient rien, ils n’entendent rien et s’accommodent de tout. Et surtout ils ne veulent rien de plus. Ils s’en foutent. C’est quoi votre question ?

Les jeunes mamans et les nounous avec des poussettes d’enfants ? Leur accès aux transports en commun tient toujours de la prouesse. " Pas plus de deux poussettes par bus… vous n’avez qu’à marcher ! Ou attendre !" "Pour passer le portique ? Ah oui ! Y’a pas d’agent de la RATP pour ouvrir le portillon… Je vous aide, passez vite…et bon courage pour les escaliers." Comment fait-on autant de bébés en Région parisienne avec un métro qui leur est si obstinément hostile depuis un siècle !

Les enfants, les ados, qui occupent plus la rue qu’ils ne marchent. Eux s’assoient de préférence sur les dossiers des bancs. Ils sont forcément quinze, ils s’agglutinent. Parfois ils tapent furieusement le ballon, ou se driblent au basket. Il leur faudrait certainement quelques murs, des terrains de sports… mais surtout du boulot et des motifs de fierté. Ils ne bougent quasiment pas mais sont pourtant des piétons. C’est fou tout ce que l’on voit quand on touche aux piétons.

Rollers et planches aussi. Papa Noël de l’équipement, comment feras-tu pour n’oublier personne ?

Le joggeur ? L’écouteur de son iPod bien vissé dans l’oreille, il se massacre les articulations avec délices. Que les feux tricolores l’agacent ! Il ne peut s’arrêter ! Lui ménager une piste cendrée ou une de sable par ci par là, c’est impossible ? ça lui ferait le plus grand bien ! Surtout qu’il ventile fort et ses poumons…

L’handicapé ? Le mal-voyant ? Des aménagements sont faits pour eux ? Sont-ils en nombre suffisant ? Et suffisamment adaptés ? Bien répartis dans la ville ?

Les groupes ? J’ai aucune crainte. Et je me souviens que les légions romaines avançaient en toute confiance. Formez la tortue !

Et j’ai certainement oublié de nombreux groupes de piétons essentiels. Sauriez-vous me dire lesquels ?

Cette série d’articles sur la marche à pied (moyen de déplacement commode et idéal, exercice hautement bénéfique, sur ses aspects pratiques, ludiques, philosophiques, sur le matériel, les rencontres, les plus belles promenades, les performances, les événements) accueille vos suggestions. Elles seront étudiées à la loupe et susceptibles d’enrichir cette rubrique. A bientôt, andre.balbo@wanadoo.fr

A noter : Le STIF, syndicat des transports en Ile-de-France, vous donne la parole depuis le 7 septembre sur vos déplacements en région francilienne. Un questionnaire (et des prix à gagner) est disponible sur le site www.pduif.fr


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lundi 12 octobre 2009