Après le « Cadmus et Hermione » de l’Opéra Comique, c’est au tour du Théâtre des Champs-Elysées de programmer du Lully. Cette production de « Thésée » nous laissera un goût contrasté. On ne peut pas reprocher au metteur en scène Jean-Louis Martinoty d’avoir situé l’action au temps de Louis XIV. Certes, les amours du trio Thésée/Médée/Aeglé nous viennent d’Ovide mais Lully et son librettiste ont fait de cette œuvre une ode à la gloire du Roi Soleil. C’est donc avec une certaine science du baroque que Martinoty nous plonge dans une scénographie directement inspirée de Versailles : vues des jardins sous la neige, reproduction d’une chapelle du château, costumes d’époque : tout y est. L’effet visuel est souvent saisissant, voire élégant. Mais était-il nécessaire de tomber dans la gestuelle la plus maniérée, d’ajouter ces projections vidéo indigestes et de ponctuer le tout de chorégraphies plutôt ringardes ?
Heureusement, le plateau vocal se départit de ces lourdeurs un peu kitsch. Si on a connu la mezzo Anne-Sofie von Otter (Médée) en meilleure forme, l’Aeglé de Sophie Karthäuser est un ravissement : fraîcheur du timbre, belle projection, elle colore le rôle de belles teintes acidulées. Quant à Paul Agnew, avec sa diction ultra-claire et sa présence altière, il est un Thésée lumineux. Une savante alchimie s’opère entre la distribution et le Concert d’Astrée. Très rigoureuse, Emmanuelle Haïm dirige au cordeau, sans faire de la partition un exercice propret qui pourrait lasser : il y a de l’élan, du souffle, des tensions magistralement soulignées. Assurément, Lully est à la fête : une fête riche et fastueuse qui laisse à d’autres le goût de l’ostentation.
Thomas Jean
« Thésée » de Jean-Baptiste Lully, jusqu’au 29 février au Théâtre des Champs-Elysées. 15, avenue Montaigne. Orchestre et chœur du Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm, mise en scène : Jean-Louis Martinoty, avec Anne-Sofie von Otter, Paul Agnew, Sophie Karthäuser, Jean-Philippe Lafont…

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