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This is England


Le cinéma anglais peut se targuer d’une belle vitalité. Après le sympathique "Joyeuses funérailles" le mois dernier, c’est un drame social qui nous vient cette fois-ci d’Outre-manche. Avec "This is England", Shane Meadows, encore inconnu du grand public en France, devrait se faire un nom.

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Shaun, 12 ans, grandit tranquillement dans une petite ville côtière du Nord de l’Angleterre aux côtés de sa mère. Son père, il ne le verra plus ; il vient de mourir à la guerre, celle trop oubliée des Anglais contre les Argentins aux îles Malouines. L’ambiance est au thatchérisme, aux journées de labeur pour les grands et à l’ennui profond pour les moins grands. C’est la fin du trimestre et c’est dans ce contexte que Shaun vient à rencontrer Woody et sa bande, un petit groupe de skinheads plutôt sympas. Si This is England convainc, c’est d’abord par l’authenticité de sa peinture sociale. Shane Meadows a su reconstituer avec justesse un milieu et une époque : celle de l’Angleterre des années Thatcher. La ville est grise, les maisons en brique rouge, « Maggie » partout à la télé et à la radio, les hommes à la guerre, loin. Les filles se maquillent comme des pots de peinture, portent des bas résilles sous leurs socquettes blanches, et les garçons des chemises à carreaux sous leurs bretelles. Aux pieds, ce sont des Doc Marten’s, bien sûr, signe ostentatoire d’appartenance au mouvement skinhead, que le réalisateur connaît d’autant bien qu’il en a fait partie dans sa jeunesse. Le vêtement devient symbolique, et vecteur d’accès au groupe tant convoité. Shaun ne tarde pas à être intronisé par cette bande de joyeux drilles. Le chef le prend sous son aile et le garçon passe les meilleurs moments de sa toute jeune adolescence. Mais l’innocence échoue à résister à l’influence d’un vieux copain, tout juste sorti de prison avec des discours de haine plein la tête, surtout à l’égard des "Pakis", ces étrangers qui "volent le boulot des Anglais". C’est ainsi que Shaun va se retrouver pris dans une spirale de violence, dont il ne sortira pas indemne. Pour être membre à part entière de son nouveau groupe d’amis, il n’hésite pas à bastonner, insulter et humilier. C’est sa jeunesse qui le transformera en proie idéale et malléable à souhait du nouveau chef de gang qui, exploitant les colères d’un jeune homme dont le père a disparu dans une guerre à laquelle il ne comprend rien, saura utiliser la faiblesse du garçon à des fins criminelles. Et c’est d’ailleurs là que réside le point faible du film. Pourquoi tenter d’adoucir le propos en incombant la cruauté des protagonistes à l’absence d’une figure paternelle ? Il semble un peu léger d’expliquer la violence par leur seule carence affective. Pour autant, le film ne perd rien de sa cohérence, notamment grâce à l’interprétation toute en finesse de ses comédiens, tous excellents. Thomas Turgoose, en adolescent agité et perturbé, est la révélation de cette nouvelle bombe anglaise. A 13 ans, il porte de bout en bout le film sur ses épaules, avec une maîtrise étonnante pour un si jeune acteur. Et si This is England ancre maladroitement son propos d’une actualité terrifiante dans un passé révolu, il parvient tout de même à se faire dénonciateur de dérives qui continuent hélas à gangrener l’Angleterre.

Jean-Baptiste Viaud


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lundi 15 octobre 2007