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Un A B C… du Promenheur


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Le Promenheur est un peintre qui arpente Paris et croque les gens sur des grands cartons blancs. Le Promenheur est aussi un peu poète, un peu philosophe, un peu chat et bientôt totalement SDF, « un de la dèche, un frère du désarrois », comme il dit. Oui, car dans notre beau pays de liberté, d’égalité et de fraternité, on expulse, on jette à la rue, oh ! pas l’hiver, ce ne serait pas moral, pas montrable. Non, on attend cyniquement le début du printemps, quand éclosent les fleurs. Sur quel unique critère exécute-t-on proprement ? Le manque d’argent. Pas solvable, pas consommateur.

J’ai passé deux heures le 15 février 2005 à discuter avec le Promenheur. Je vous fais partager quelques-unes de ses idées… N’hésitez pas à me contacter si vous avez un plan de sauvetage pour lui !

Nous reproduisons des dessins mouillés par l’eau de pluie (« elle tombe, elle est la bienvenue », dit l’artiste).

L’Angélus de Millet : « Qu’est-ce qui se passe sur le plan formel ? Rien. Ce n’est pas spécialement beau bien que la laideur ait été écartée par principe. Cette peinture s’intéresse d’abord au temps qui écrase les vies et donc à la grandeur des vies qui vont être écrasées. En réalité, l’Angélus est une prière. Il est bien possible que ce dont l’art a besoin aujourd’hui, c’est d’une révolution intérieure, d’une intention de l’âme. »

Beauté : « Ce que disait Jean Cocteau à propos de Picasso me semble juste : « Il nous appris à courir plus vite que la beauté. » Or il me paraît fondamental d’arrêter la course, de remettre les pendules à l’heure. »

Courir : « Nous sommes fatigués de courir. Une des grandes quêtes de notre époque est de reprendre le contact avec les données évidentes du temps. »

Dieu : « Je respecte bien toutes les personnes qui ont un sentiment religieux ou une religion mais personnellement, je vous le dis franchement, je n’adhère pas à cela étant donné que je ne crois pas du tout en un Dieu quelconque… Dieu, je m’empresse de dire, n’étant pas un personnage quelconque (rires). »

Espérance : « Si l’art ne transmet pas la capacité d’espérance, alors l’art n’est plus rien et n’a strictement aucun sens. L’art, c’est l’espérance en marche. »

Grâce : « Dans l’ordre des satisfactions, la grâce est au premier rang. Elle se révèle de deux façons : par la beauté et l’héroïsme. »

Humain : « Il m’a toujours semblé que le mot amour est plus grand que les êtres humains. »

Intention : « Cette peinture (la sienne, ndlr) est une peinture d’intention. Elle part d’un rideau de tulle à l’intérieur d’une tête. Ce rideau tremble de l’émotion absolue que créée devant ce regard la fragilité des vies. »

Joconde : « Ce qui est beau dans ce tableau, c’est que ce sourire transmute un visage banal en un beau visage. Il y a une sorte de magnétisme qui créé un état de satisfaction esthétique. Le charme est irrationnel. »

Langage : « Le langage, ça doit dire : bonjour. Parler, quelle liberté ! » Morale : « Je pense que l’attitude de l’artiste est une attitude morale. C’est vraisemblablement le grand déficit de l’art contemporain. Je pense que l’art est l’incognito du religieux. C’est la seule acception du mot religieux, selon moi. »

Napoléone (son chat) : « Elle a des oreilles qui sentent. Elle écoute les odeurs. »

Passant : « Ces passants que l’on croise dans les rues, c’est nous, c’est vous, c’est moi. J’ai pour eux, pour nous, un respect infini. La grandeur de tous ces êtres, c’est de continuer à marcher. »

Simple : « Il est agréable d’être avec une femme simple parce que ce sont les moins compliquées (rires). »

Temps : « Je ne perds mon temps nulle part. »

Pain : « Je ne savais pas ce que c’est que l’importance d’un bout de pain. Bien que dans mon enfance, comme la vôtre je présume, nos parents nous ont toujours dit, et ils ont bien fait : on ne jette pas un morceau de pain. Maintenant, celui qui vous parle sait très bien l’importance d’un bout de pain jeté dans la rue. D’une certaine manière, ceci un enrichissement prodigieux. »

Racines : « J’ai perdu toute ma famille. C’est comme ça. C’est étrange d’ailleurs d’être le dernier des Mohicans. Et je pense que les racines ne sont pas ce d’où l’on vient mais ce vers quoi on va. »

Tauromachie : « Un homme vient tuer une bête qui n’a rien demandé. Ce qui est très curieux, c’est que l’acte immonde de donner la mort est magnifié. Il y a cette sorte de fascination terrible dans la rencontre avec l’inadmissible. »

Vérité : « L’art est peut être aussi un moment de vérité. Il déchire le rideau des apparences. »

pinicova@evous.fr


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lundi 7 août 2006