Le metteur en scène suisse Christoph Marthaler a le don de subvertir les œuvres sans pour autant les dénaturer. Sa Traviata, créée en juin dernier au Palais Garnier, ne déroge pas à la règle. Dans un décor violemment splendide aux allures de salle des fêtes est-allemande, Marthaler déploie ses trésors de direction d’acteurs avec la verve cynique qu’on lui connaît. Les amours du jeune Alfredo et de la demi-mondaine Violetta, librement adaptées de « La Dame aux Camélias » de Dumas fils, sont ici débarrassées de toute mièvrerie tandis que le Paris festif et interlope qui les abrite suinte la déliquescence goguenarde. Grimée en Piaf, escarpins compensés aux pieds, la soprano Christine Schäfer est une des Violetta les plus déchirantes qu’on ait entendues.
Thomas Jean
« La Traviata » de Giuseppe Verdi, jusqu’au 11 novembre, Opéra Garnier


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