Martine et Joseph (« Jo » pour les intimes) commercialisent des mannequins d’étalage. Ils sont les distributeurs exclusifs de la marque Almax, un fabricant italien. Aux dires de nos amis, c’est le top du top. On est tenté de les croire tant les mannequins exposés sont criants de vérité. Jo et Martine sont tout à fait sensibles à la force esthétique de ces êtres inanimés. Ils les mettent en scène comme dans une galerie d’art contemporain.
Paris evous : Depuis combien de temps, faites-vous dans le mannequin de vitrine ?
Jo : « Depuis 1959 mais nous n’avons pas toujours été à cet endroit là et nous avons commencé par la décoration de vitrine au sens large. »
Martine : « Dans l’accessoire de présentation, on a tout connu. Là, on en revient au mannequin alors qu’il y a une quinzaine d’années, ça ne se vendait plus. C’était surtout de la silhouette plate en métal, en carton, ou du buste simple. »
Paris evous : Ne trouvez-vous pas un peu dommage d’habiller certains mannequins tellement ils sont beaux ?
Jo : « Je ne vous le fais pas dire monsieur mais un commerçant qui a des objets à présenter, un mannequin nu, c’est sous-employé. »
Martine : « Certains quand même s’en servent uniquement pour mettre de l’accessoire, sac, ceinture, bijoux. On a même eu une marque de baskets qui nous a pris des mannequins chromés en enfilant uniquement les chaussures dessus. C’était génial. »
Paris evous : Leur trouvez-vous quelque chose d’artistique ?
Martine : « Oui, sans doute. Il y a certains particuliers qui entrent et nous achètent un modèle pour décorer chez eux (compter un millier d’euros pour un mannequin laqué complet, ndlr) »
Jo : « La société Almax qui les fabrique en Italie, emploie des sculpteurs très créatifs. Ils ont un savoir-faire unique. Je voudrais ajouter qu’il n’y a, hélas, aucun grand fabricant de mannequin en France. Les seuls à résister sont en Italie. Le reste, c’est en Chine. »
Martine : « Oui mais ils n’ont pas cette richesse et cette qualité de création. Tout est fait à la va vite. Il faut savoir qu’un nouveau modèle de mannequin, c’est des mois de conception chez Almax. Les finitions sont impeccables. La peinture ne s’écaille pas. On vous le garantie. »
Paris evous : Comment sont-ils faits ? Moulés sur des modèles ?
Martine : « Non, ce sont des spécialistes qui vont dans les salons, les défilés, qui font des tonnes de croquis et qui tirent des dessins de tout ça. Ensuite, ils sculptent une sorte de glaise pour enfin sortir un moule dans lequel la matière (le polystirol) est injectée. »
Jo : « C’est extrêmement solide. Vous pouvez le faire tomber, ça résiste sans problème. »
Paris evous : Quel est le poids ?
Martine : « Un mannequin complet, disons une vingtaine de kilos. Nous les recevons en morceaux, ensuite nous montons les parties nous-mêmes. C’est pratique. Tenez, par exemple, un client me prend un mannequin. Il me dit : ce bras là, mis comme ça, va être difficile à habiller. Hop ! je lui vends un autre bras. »
Paris evous : Vous n’avez jamais des gens qui s’excitent sur la nudité des modèles ?
Jo : « Non, c’est très rare. »
Paris evous : Avouez que certains sont hyper sexy !
Martine : « On eu deux trois types comme ça qui léchaient la vitrine. Mais il n’y a aucun détail là où ça pourrait être choquant. »
Jo : « Il y a vingt ans, on n’aurait pas montré les mannequins nus. On les aurait couvert. Aujourd’hui, c’est banal. En même temps, nous ne les habillons pas trop sinon les gens entrent pour demander le prix des vêtements. »
Paris evous : L’agencement du magasin est très réussi. Qui a eu l’idée de cette déco épurée très efficace ?
Martine : « C’est gentil. On a voulu apporter un peu de couleur. »
Paris evous : Les collections changent ?
Martine : « En permanence. Ils sont d’une créativité incroyable. Ils travaillent une palette de couleurs extraordinaire. »
Jo : « Il y a des positions qui se vendent mieux que d’autres à certaines époques. Il y a quelques temps, c’était très minimaliste. Aujourd’hui, on a du mouvement, des attitudes. De même qu’auparavant, il n’y avait que des petites poitrines, des petites hanches. Là, on a gagné en rondeurs. C’est sympa. »
Paris evous : Où sont les mannequins disons d’âge mur ?
Jo : « En Allemagne, on en voit mais en France les gens veulent se voir autrement. »
Martine : « C’est comme dans la mode. On dirait qu’elle n’est faite que pour des jeunes, des beaux, des grands. On ne pense pas aux autres. Les mannequins, c’est pareil. »