Récemment invité par des Nogentais à célébrer leur fête de quartier, j’eus la surprise de siroter un verre de vin tiré des pampres de leurs jardins. C’est en grimaçant, quoi qu’heureux et fier, que j’avalai l’improbable breuvage jaune trouble. L’expérience me revient au moment où je découvre la remarquable carte des vins d’Ile-de-France établie par l’association des Vignerons d’Ile-de-France et son dynamique président Christian de La Guéronnière ; carte accompagnée d’un dossier complet sur la culture de la vigne dans notre région.
La lecture nous apprend qu’avec 132 vignes plantées pour un total de 11 hectares qui produisent 33 453 bouteilles par an, le renouveau de la vigne en Ile-de-France n’a jamais été aussi dynamique. On connaissait le vin de Montmartre ou celui de Suresnes, on découvre aujourd’hui le vin de Rosny-sous-Bois - 1100 pieds ont donné 204 bouteilles l’an dernier -, de Noisy-le-Grand - 240 bouteilles ont été produites en 2003 -, ou encore de Villepinte où 2300 pieds ont été plantés en 2004 ! Etonnant mais pas surprenant. La viticulture, comme on peut le lire à travers les travaux de l’association VFR, « a en effet été pendant près de vingt siècles une activité économique prépondérante en Ile-de-France. Depuis le moyen âge et jusqu'au 18 ème siècle le vin parisien était considéré comme un produit de qualité. Et il n'y avait aucune raison qu'il en soit autrement dès lors que les latitudes franciliennes sont proches de celle de la Champagne ou de l'Orléanais. Toujours est-il qu'il était tant apprécié qu'on le servait à la Cour de France ». A la fin du 18 ème siècle, la production s'étalait sur 42 000 hectares ! Maladies, concurrence des vins du sud et urbanisation galopante entraînèrent sa réduction à zéro à la fin dans les années 1940, en dépit d’initiative comme la plantation d’un clos sur le versant nord de la butte Montmartre en 1932. Le renouveau s’amorça en 1965, année où Etienne Lafourcade décida la plantation du Clos du Pas-Saint-Maurice à Suresnes (aujourd’hui la plus grande vigne francilienne avec 1,2 hectare). Le processus de replantation en Ile-de-France s’accéléra par la suite sous l'impulsion de démarches municipales ou associatives (dans 60 % des cas environ).
J’évoquais plus haut les limites du breuvage bricolé par mes hôtes nogentais, mais force est de reconnaître que les pratiques sont de plus en plus professionnelles. Les vins franciliens sont désormais élaborés avec un matériel moderne, propre et adapté. Les talents d’œnologues sont mis à contribution pour produire des vins blanc (49 %) et rouge (42 %) où l’on retrouve surtout des cépages Chardonnay (40 %), Pinot noir (20 %), Sauvignon (9 %) et Sémillon (7 %). La pollution urbaine n’est pas un obstacle, selon l’association VFR. « Des analyses ont montré que les taux de métaux lourds trouvés dans les vins parisiens étaient très en dessous des seuils tolérés par la réglementation européenne. La seule vraie lacune de l’Ile-de-France, c’était la disparition du savoir-faire. » Cela n’a pas empêché une douzaine de collectivités locales et quelques associations de mener 18 projets de plantation qui viendront bientôt grossir les rangs du vignoble francilien.
L’association VFR sera présente à la 3 ème Fête du patrimoine gourmand d’Ile-de-France, les 17 et 18 septembre prochains au Domaine de Villarceaux (Chaussy). Les Vignerons Franciliens Réunis proposeront une dégustation des vins d’Ile-de-France, une présentation du vignoble de la région ainsi qu’une rencontre avec les membres de l’association et les professionnels de la viticulture. Le samedi 17 septembre sera également l’occasion d’associer des mets préparés par l’association « Arômes et saveurs » avec la qualité étonnante des vins de l’Ile-de-France. Ainsi poulet de Houdan à la moutarde de Meaux ou crème à la liqueur de coquelicots de Nemours se marieront avec un vin blanc de Suresnes, un pinot noir d’Argenteuil ou un vin effervescent de Neuilly Plaisance.
Il faut noter que les vins franciliens ne sont pas directement commercialisés à l’exception de celui de Suresnes, le seul véritablement autorisé à la vente (s’adresser à l’office de tourisme de la ville). Il est toutefois possible d’y goûter grâce aux séances de dégustation et aux dîners « Autour du vin » organisés par les Vignerons Franciliens Réunis (réservé aux adhérents). L’association VFR édite en outre une revue où l'on retrouve portraits d'acteurs de la vigne en Ile-de-France, dégustations, actualité, etc. Prix au numéro : 3,50 € - Abonnement (4 numéros) : 12 €.
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