Daiphat, cambodgien d’origine, tient avec sa sœur Christine, un magasin de plats cuisinés et de produits alimentaires dans le plus pur style… italien.
On ne s’attend pas du tout en poussant la porte du traiteur aux couleurs verte, blanche et rouge à trouver un duo d’asiatiques, passés maîtres dans l’art de préparer les cannellonis plutôt que les rouleaux de printemps. C’est pourtant le cas. La fusion est même parfaitement réussie. Pourquoi s’être ainsi tourné vers le le Colysée plutôt qu'Angkor ? « Je suis amoureux de l’Italie », confie Daiphat, simplement. Le saut d’une cuisine à l’autre ne l’a nullement gêné, même s’il arbore un gros sparadra à un index, preuve que trancher le salami n’est pas sans risque. Nous voilà donc face à un cas rare voire unique d’abandon de la pâte de riz pour celle de blé dur. Car ici, pas question de cuisiner cambodgien. On ne mitonne qu’à la mode italienne, sans faire les choses à moitié. Ainsi pour ses raviolis, Daiphat commence-t-il par confectionner lui-même la pâte avant de les farcir de sa préparation maison al pesto (basilic).
Les nouveaux clients n’en reviennent pas. « Ils entrent, raconte Christine, la sœur de Daiphat, en rigolant, et s’exclament : ah ! excusez-moi, je me suis trompé, avant de sortir. Parfois, ils reviennent et nous leurs expliquons… » Le frère et la sœur ont repris la boutique il y a une douzaine d’années après avoir vendu des fruits et légumes à Paris. Ils n’ont rien modifié. Seuls quelques fournisseurs ont changé car Daiphat n’hésite pas à aller lui-même sélectionner les produits sur place, en se débrouillant avec ses rudiments d’italien. « Au début, on s’est un peu moqué de moi, il y en a qui ont essayé de m’avoir, mais je goûte tout et je suis intransigeant. Je veux la qualité. Heureusement, j’ai les meilleurs clients. Je les remercie. » Josette, l’une des clientes assidues, ne tarit pas d’éloges sur ces « personnes aimables qui tiennent un magasin impeccable ». Josette emporte une pizza margarita avec laquelle elle et son fils, feront un souper. Qu’importe pour elle si le pizzaïolo ne fait pas couleur locale. Daiphat n’en est pas encore à parler avec les mains en prenant l’accent de Roberto Begnini mais il est sans conteste le plus italien des cambodgiens. Un bon calcul si l’on y pense. « J’aurais ouvert un traiteur chinois, j’aurais eu plein de concurrents. Là, je suis plus tranquille », se félicite ainsi notre ami qui plaide avec délice pour la singularité.