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La cité Napoléon, une expérience de logement ouvrier dans le 9e

samedi 7 novembre 2026, par Christian Frank

Derrière les façades de la rue de Rochechouart, la cité Napoléon organise logements et circulations autour de l’air et de la lumière. Son architecture conserve la mémoire des premiers projets de logement ouvrier parisien.

Un projet du temps du prince-président

La cité Napoléon occupe les 58-60 bis rue de Rochechouart et le 25 rue Pétrelle, dans le 9e arrondissement. Construite à partir de 1849 et inaugurée en 1851, elle est associée à Louis-Napoléon Bonaparte, alors président de la Deuxième République. Le futur Napoléon III n’est pas encore empereur au moment de sa réalisation.

L’architecte Marie-Gabriel Veugny y met en œuvre un programme de logements ouvriers où la salubrité occupe une place centrale. Le projet appartient à une période de débats sur les moyens de loger les classes populaires dans une ville dense. Il ne faut pas le réduire à une résidence destinée au personnel d’une seule usine : la cité est une opération urbaine, distincte des cités patronales directement liées à un établissement industriel.

Faire circuler l’air et la lumière

Les façades sur rue ne révèlent pas immédiatement ce qui fait l’intérêt de l’ensemble. À l’intérieur, une cour plantée et une fontaine accompagnent les bâtiments. Le dispositif le plus singulier est la grande verrière qui éclaire les circulations : coursives et escaliers distribuent les étages sous cet éclairage venu du haut.

Cette organisation apporte une réponse architecturale à l’obscurité et au manque d’aération de nombreux logements modestes de l’époque. Elle associe toutefois l’amélioration matérielle à une forte surveillance de la vie collective. Le contrôle des entrées et les règles de conduite font partie de l’histoire de cette expérience.

Le rapprochement avec le phalanstère de Charles Fourier aide à situer les discussions contemporaines sur l’habitat collectif. Il ne suffit cependant pas à faire de la cité l’application fidèle de son projet social : son fonctionnement et ses objectifs ont suscité des interprétations et des critiques.

Un patrimoine habité

L’inscription aux monuments historiques du 9 décembre 2003 porte notamment sur les façades et les toitures des quatre bâtiments d’origine, les parties communes des bâtiments A et D, le sol de la cour et la fontaine. Il s’agit d’une protection partielle, et non du classement intégral de tous les espaces.

La cité est une copropriété privée. La valeur historique de ses coursives et de sa verrière ne vaut pas ouverture au public ; une découverte intérieure suppose une autorisation ou une ouverture expressément annoncée.

Référence historique : Guide du promeneur Paris 9e, mairie de Paris.

Franck Beaumont

Protection : ministère de la Culture · Étude historique : ÉNSA Versailles