Accueil > Un monument > Église Saint-Jean de Montmartre, aux Abbesses

Église Saint-Jean de Montmartre, aux Abbesses

vendredi 6 novembre 2026, par Christian Frank

Aux Abbesses, Saint-Jean de Montmartre associe ciment armé, brique et céramique dans une architecture marquée par l’Art nouveau.

L’église Saint-Jean des Abbesses est une vraie curiosité à découvrir, tant par l’originalité de ses façades que par son système constructif, très en avance sur son temps.

L’architecte en est Anatole de Baudot, disciple de Viollet-le-Duc ; il exécute le projet de 1894 à 1904. La façade principale se présente comme un clocher porte : le portail d’entrée est surmonté d’un vitrail, lui même sommé d’un jeu d’arcs en demi-cercle. De chaque côté du portail, une tourelle octogonale abrite un escalier. Enfin, les volumes latéraux correspondent aux bas-côtés. Sur la brique orangée des façades se détachent des pastilles de grès flammé dues au célèbre céramiste Alexandre Bigot. Enfin, le décor de grès qui entoure le portail est de Pierre Roche, comme les sculptures du tabernacle. Ne cherchez pourtant pas une inspiration orientale dans cette église, elle se rapproche plutôt de style Art Nouveau, comme l’indiquent les abondants jeux de courbes et les motifs floraux.

Au niveau constructif, Anatole de Baudot est un véritable précurseur. Il emploie ici le système de ciment armé de l’ingénieur Paul Cottancin. Dans ce système, les piles et les arcs sont formés de briques creuses dans lesquelles est coulé du ciment armé de tiges métalliques ; seules les parties horizontales comme les planchers sont en ciment et maille de fer. En revanche, les briques oranges en façades ne sont que le remplissage de cette ossature et ne portent pas l’édifice.

Baudot organise aussi ses volumes intérieurs avec une grande originalité : chaque travée est couverte par des arcs qui s’élancent en diagonale, par rapport à l’axe de la nef et des bas-côtés. Ce parti apporte énormément de mouvement aux voûtes et fait varier la perception du volume suivant l’endroit où l’on se trouve. Les tribunes sont également très décoratives, avec une balustrade formée de jeux de courbes et décorée de grès flammés comme en façade. La décoration de l’église est une illustration de l’Evangile de Saint Jean. Elle fut réalisée de 1918 à 1926. Ne pas manquer non plus les vitraux, dont celui du portail qui représente traditionnellement la mise en croix du Christ.

Enfin, précisons que l’architecte dut tenir compte pour son projet du dénivelé important du terrain. Ainsi la crypte de l’église est située en contrebas de la nef, et les deux volumes sont superposés : c’est de la crypte que partent les piles qui traversent le plancher de l’église pour monter jusqu’aux voûtes. On y accède par une petite rue en contrebas. Saint-Jean des Abbesses reste une des églises parisiennes les plus insolites à découvrir, comme la charmante petite place des Abbesses et la marquise en verre de sa station de métro, oeuvre de Guimard.

Franck Beaumont.