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Saint-Vincent-de-Paul : une église polychrome au-dessus de la place Franz-Liszt

vendredi 6 novembre 2026, par Christian Frank

Dominant la place Franz-Liszt, Saint-Vincent-de-Paul associe un portique antique, deux clochers et un décor peint revenu en façade en 2011.

La place Franz-Liszt, dans le 10e arrondissement, sert de magnifique écrin à l’église Saint-Vincent-de-Paul. La première pierre de l’église est posée en 1824, sur les plans de Jean-Baptiste Lepère. Son gendre, Jacques-Ignace Hittorff (1792-1867), reprend ensuite le chantier, achevé en 1844.

Inaugurée en 1844, Saint-Vincent-de-Paul est souvent considérée comme le chef d’oeuvre d’Hittorff (avec son autre grand chantier parisien : la Gare du Nord, construite de 1861 à 1865), même si le public parisien la bouda pendant longtemps.

Marqué par un voyage en Italie, Hittorff s’est imprégné de la Renaissance et s’est inspiré pour ce projet de la Trinité des Monts à Rome. Il cherche à retrouver la perfection de l’architecture antique.

Axée dans la perspective de la rue d’Hauteville, l’église ne présente donc pas l’orientation habituelle, c’est-à-dire le choeur tourné vers l’Est - la Terre Sainte - puisque le choeur est ici placé au nord.

Hittorff s’inspire à la fois des temples grecs et des basiliques romaines. A l’avant de la façade, qui domine par sa hauteur la place, un portique de douze colonnes ioniques symbolise les douze apôtres. Dans le fronton au-dessus : Saint Vincent de Paul prêchant au milieu des pécheurs. Soulignons que ce groupe fut réalisé par le sculpteur Charles-François Lebœuf, dit Nanteuil en "ronde-bosse" et non en bas-relief comme c’est habituellement l’usage, afin d’être visible de loin.

Sous le portique, vous remarquerez la présence de magnifiques peintures polychromes sur lave émaillée. Nous avons bien de la chance de pouvoir les admirer : ce décor peint représentant des scènes de l’Ancien et du Nouveau testament fut exécuté par Jules Jollivet, mais il choqua les Parisiens par son foisonnement de couleurs et fut déposé en 1861. Ce n’est qu’en juin 2011 que ce décor retrouva enfin sa place d’origine, conforme au projet d’Hittorff, qui s’intéressait beaucoup à l’architecture polychrome des Grecs.

À l’intérieur, la frise de 92 mètres autour de la nef a été peinte de 1848 à 1853 par Hippolyte Flandrin entre les deux étages de colonnes : elle représente 235 saints et saintes s’avançant vers le sanctuaire. Admirable, la charpente de la nef a été laissée apparente et est richement ornée de caissons en forme d’étoile et de croix sur fond rouge et azur. La coupole du choeur est l’oeuvre de François-Édouard Picot et représente le Christ bénissant les enfants que lui présente saint Vincent de Paul.

Enfin, le décor de la chapelle de la Vierge, postérieure, est une réalisation du peintre William Bouguereau (1885-1889). L’église Saint-Vincent-de-Paul occupe vraiment une place de choix dans les églises parisiennes et mérite une visite.

Devant le parvis de l’église, un système de rampes permettait l’accès aux calèches déposant les paroissiens fortunés, ajoutant une certaine théâtralité au rituel de la messe au XIXe siècle.

Sources : Guide du Patrimoine Paris, Guide du Promeneur Paris 10e.

Pour les conditions d’accueil, se reporter à la paroisse. La présentation de la Ville de Paris explique le rôle de Lepère et d’Hittorff ; le Diocèse retrace le retour des laves émaillées.

Texte historique : Franck Beaumont. Actualisation documentaire : eVous.