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L’hôtel d’Augny, mairie du 9e arrondissement

vendredi 6 novembre 2026, par Christian Frank

Rue Drouot, un hôtel particulier du XVIIIe siècle accueille la mairie du 9e depuis la création des vingt arrondissements.

Un hôtel entre cour et jardin

L’hôtel d’Augny est une des plus anciennes demeures du 9e arrondissement et nous replonge dans le milieu du XVIIIe siècle, à l’époque où ce quartier est encore à la lisière de la ville, et parsemé de maisons de campagne abritant souvent des amours cachées...

L’urbanisation du 9e arrondissement date en grande partie de la première moitié du XIXe siècle, à l’exception du faubourg Poissonnière (loti dès le règne de Louis XV), du quartier de la Grange Batelière (sous Louis XV également), et de la Chaussée d’Antin (lotie à partir des années 1770).

Partout ailleurs dans ce faubourg de Paris, il faut imaginer un paysage arboré, des vergers, quelques tavernes, et les pentes qui montent vers le village de Montmartre. L’ambiance y est plutôt festive, la tranquillité et la discrétion y règnent. C’est ici que de nombreux aristocrates ou riches bourgeois se font construire, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, de charmantes maisons de campagne appelées "folies" pour abriter leurs amours secrets avec des artistes, souvent comédiennes et fort jolies, pour la plupart célèbres et très convoitées.

L’hôtel d’Augny est une de ces jolies demeures classiques de l’Ancien Régime ; elle fut construite au coeur du quartier de la Grange Batelière. Au début du XVIIIe siècle, c’est encore un immense jardin acquis en 1707 par le financier Pierre Crozat qui possédait un hôtel non loin, rue de Richelieu.

Entre 1746 et 1748, un riche fermier-général, Alexandre d’Augny confie à un architecte et théoricien de l’architecture, Charles-Etienne Briseux, la construction d’un hôtel particulier entre cour et jardin, configuration typiquement parisienne.

L’hôtel de Briseux se présente alors comme un sobre corps de logis, à la transition des styles Rocaille (Louis XV) et néo-classique (commençant sous Louis XVI) : sur la cour, il s’organise autour d’un élégant avant-corps à trois pans, surmonté d’un fronton curviligne ; sur le jardin, autour d’un avant-corps arrondi. Un dôme surmonte le pavillon central. Autrefois, on pouvait admirer dans les salons des toiles peintes de François Boucher ou Louis-Joseph Le Lorrain. Aux extrémités du logis avaient été placés des pavillons (supprimés ultérieurement), tandis que l’accès à l’hôtel se faisait (et se fait toujours) par un imposant portail à bossages, surmonté d’un fronton triangulaire et encadré de murs concaves, au n°6 de la rue Drouot.

Manufacture, jeux et demeure d’Aguado

En 1806, la maison Robillard & Cie, l’une des plus importantes manufactures de tabac, s’y installe et deux ateliers de fabrication sont construits au fond du jardin. En 1813, Jean Joseph Bernard, fermier général des jeux de Paris, acquiert l’hôtel et le "Cercle des Etrangers" accueille à nouveau des jeux, qui seront interdits par le roi Louis-Philippe en 1836. En 1829, l’hôtel d’Augny est acquis par Alexandre Aguado, marquis de Las Marismas del Guadalquivir. Ce curieux personnage avait été aide de camp du maréchal Soult dans l’armée d’Espagne, puis devint banquier du roi d’Espagne, assurant ainsi sa fortune. Grand collectionneur de peinture espagnol, c’est lui qui fit redécorer les intérieurs que l’on peut admirer encore aujourd’hui : le grand escalier, le vestibule octogonal, le salon de musique à l’étage (devenu salle des mariages).

De l’hôtel à la mairie

En 1848, la ville de Paris achète l’hôtel et la mairie du 9e arrondissement s’y installe en 1860. C’est l’architecte Alfred-Philibert Aldrophe (constructeur, entre autres, de l’hôtel Thiers et de l’imposante synagogue de la rue de la Victoire), qui ajoute les deux ailes sur cour qui encadrent le logis construit par Briseux.

Les services de l’ancien 2e arrondissement s’y installent en 1850, avant ceux du 9e en 1860. Les ailes ajoutées par Aldrophe sont achevées en 1885 et 1890. Les espaces administratifs ne constituent pas un musée librement visitable en permanence.

Histoire de l’hôtel et informations de la mairie du 9e.

Franck Beaumont