Au 28 rue Michel-le-Comte, dans le 3e arrondissement, l’hôtel d’Hallwyll conserve une œuvre parisienne de Claude-Nicolas Ledoux. La notice des Monuments historiques documente une campagne de travaux en 1766 et 1770 et rappelle les liens du lieu avec Jacques Necker et Madame de Staël.
La transformation d’une demeure plus ancienne
Il existait à son emplacement, rue Michel Le Comte, un précédent hôtel entre cour et jardin, selon la tradition parisienne. En 1718, il appartient à François Midorge, conseiller au Parlement. En 1757, cet hôtel est loué à la banque Thélusson, Necker et Cie. Jacques Necker, banquier suisse, habitera l’hôtel de 1757 à 1766 ; il occupera la fonction de directeur général des finances de Louis XVI de 1777 à 1781 puis de 1788 à 1790. Le banquier Thélusson confiera d’ailleurs plus tard à Ledoux le projet de l’hôtel Thélusson.
En 1766, la propriétaire de l’hôtel, Marie-Thérèse Midorge, héritière de Nicolas Midorge, et son mari, le comte d’Hallwyll, colonel des Suisses, chargent Claude-Nicolas Ledoux de remanier cet hôtel. Cette oeuvre qui incarne parfaitement le courant néo-classique va donner à Ledoux une certaine notoriété auprès des Parisiens fortunés.
Sur rue, l’hôtel présente peu de décorations : la pierre est appareillée à refends, et la façade est rythmée horizontalement par un entablement et une corniche à modillons. Le porche est traité de façon plus raffinée : deux colonnes doriques cannelées encadrent les portes cochères. Au-dessus, dans le tympan courbe, de belles sculptures représentent deux figures ailées, probablement de Louis-Claude Vassé.
Au fond de la cour se dresse le corps de logis encadré de deux pavillons et de deux ailes plus basses. Si les refends horizontaux sont présents sur les côtés, ils laissent place au milieu à une surface lisse. A l’étage noble (le premier étage), les trois fenêtres sont surmontées de frontons courbes ou triangulaires dans lesquelles prennent place des couronnes de laurier et des feuillages. Ces fenêtres sont dotées de balustrades de pierre.
A l’intérieur de l’hôtel subsistent des éléments datant de la construction précédente : des plafonds à poutres et solives peintes, exécutés vers 1629, visibles au rez-de-chaussée et au premier étage. Un magnifique escalier d’honneur, situé dans l’aile gauche, présente une rampe à motifs de balustres.
La disposition sur jardin reprend la même que celle sur cour. Sur chacun des deux côtés du jardin, Ledoux a imaginé un portique soutenu par dix colonnes doriques, surmonté d’une terrasse ; ces portiques évoquent un atrium antique. Sous les deux colonnades, les murs sont décorés de bas-reliefs représentant des feuillages et des putti. Au fond du jardin subsiste un rare nymphée du XVIIe siècle. De chaque côté de la fontaine, Ledoux ajouta une urne renversée qui semble déverser une eau pétrifiée. Au-dessus de la fontaine, la niche abritait autrefois une statue.
Un patrimoine privé protégé
Le classement de 1976 porte notamment sur les façades, les toitures, le passage d’entrée, l’escalier, la cour et les vestiges du décor de l’ancien jardin. Cette protection souligne l’intérêt de l’ensemble ; elle n’ouvre pas les espaces privés au public. La façade sur rue permet déjà d’observer le travail sur la pierre et les proportions.
La notice du ministère de la Culture précise le périmètre de protection et la localisation. L’histoire de l’hôtel s’inscrit dans celle des transformations du Marais, où des demeures anciennes sont modernisées plutôt que remplacées.
Référence historique : Le Marais, éditions Parigramme.
Texte historique : Franck Beaumont. Actualisation documentaire : eVous.