Au 17 quai d’Anjou, l’hôtel de Lauzun est l’une des grandes demeures de l’île Saint-Louis, dans le 4e arrondissement. Sa façade sur la Seine ne laisse pas deviner l’ampleur des décors intérieurs, remaniés et restaurés au fil du temps.
Une demeure de Charles Gruyn, devenue hôtel de Lauzun
Le financier Charles Gruyn des Bordes fait construire l’hôtel à partir de 1656 par Charles Chamois. La tradition l’a souvent rapproché de Louis Le Vau, très présent sur l’île, mais les documents municipaux retiennent bien le nom de Chamois.
Le nom actuel vient d’un propriétaire ultérieur, Antonin Nompar de Caumont, duc de Lauzun. Il ne désigne donc ni le commanditaire initial ni l’architecte. L’hôtel passe ensuite entre plusieurs mains avant de connaître, au XIXe siècle, une nouvelle vie littéraire.
Cour, escalier et appartements
L’hôtel se signale sur la rue par la présence d’un imposant balcon en fer forgé reposant sur des consoles enroulées. Les gouttières en forme de têtes de poisson sont remarquables. Mais ce sont surtout les décors intérieurs qui sont éclatants de richesse et de luxe. L’hôtel est construit autour d’une cour parfaitement rectangulaire (nouveauté du XVIIe siècle), très dépouillée : arcades surbaissées au rez-de-chaussée, deux étages dont le deuxième est l’étage noble avec de hautes fenêtres.
Au rez-de-chaussée, une vaste salle conserve son plafond peint à la Française, usage qui tend à disparaître à cette époque. L’escalier d ’honneur , qui avait été remplacé, a été reconstruit en 1948 dans la cage d’escalier qui a conservé tout son décor : il est couronné d’une vaste composition représentant « le Temps qui découvre la Vérité ». Les portes situées en haut de l’escalier, surmontées de jeux d’enfants symbolisant la Musique, la Poésie, les Sciences et les Arts, encadrent chacune une niche abritant une statue de Minerve et une statue d’Apollon.
Le premier étage est traité de manière « moderne » : quatre salons se succèdent en enfilade. Ils sont décorés de somptueuses boiseries dotées de panneaux à compartiments qui constituent un éblouissant témoin du premier style Louis XIV. A ce titre, la chambre de parade est admirable : au plafond orné d’un « Triomphe de Vénus » répondent des figures en camaïeu et des médaillons aux voussures. La petite chambre, ornée d’un portrait au-dessus de la cheminée, est également remarquable par son décor : motifs de vases, figures d’enfants, panneaux d’arabesques sur fond d’or. Enfin, le magnifique boudoir est un exemple précieux de « cabinet de miroirs » dont le succès sera grandissant au XVIIe siècle, avec la Galerie des Glaces de Versailles comme apothéose.
Les attributions des peintures doivent être distinguées des impressions de visite. La Ville présente notamment un plafond de Michel Dorigny. L’ancienne attribution générale des décors à plusieurs grands artistes ne suffit pas à identifier avec certitude chaque plafond.
Des écrivains à la recherche contemporaine
Acquis par le baron Pichon en 1842, l’hôtel accueille des écrivains et artistes, parmi lesquels Charles Baudelaire. Cette période est associée au club des Haschischins et à la bohème littéraire. La Ville de Paris devient propriétaire en 1928.
Depuis 2013, l’Institut d’études avancées de Paris est installé dans l’hôtel. Ses activités de recherche coexistent avec d’autres usages organisés par la Ville. Ce patrimoine de l’île Saint-Louis reste donc un lieu de travail, au-delà de son histoire résidentielle.
La présentation municipale indique que l’hôtel est fermé au public jusqu’à nouvel ordre. Ne pas supposer une ouverture aux Journées du patrimoine à partir d’un ancien article : toute visite doit être confirmée par une annonce officielle. La façade se découvre depuis le quai d’Anjou.
Texte historique : Christian Frank, Nicole. Actualisation documentaire : eVous.