L’immeuble d’ateliers d’artistes de la rue Campagne Première, situé au n° 31, est un ensemble remarquable au début du XXe siècle. A cette époque, nombre d’artistes commencent à préférer l’ambiance de Montparnasse à celle de Montmartre. Théâtres, cabarets, restaurants célèbres (la Closerie des Lilas, la Coupole) sont alors autant de lieux attirants pour "la Bohême". C’est encore aujourd’hui, avec la Butte Montmartre, un des quartiers de Paris qui compte le plus d’ateliers d’artistes.
Cet immeuble est une oeuvre de l’architecte André Arfvidson, datée de 1911 et primée au concours de façades (très en vogue à l’époque) la même année.
Son style est intéressant car il est à la charnière entre une architecture décorative - l’Art Nouveau - et une architecture épurée et libérée des contraintes historiques, la Modernité. Ainsi les grandes baies vitrées et les appartements en duplex annoncent une ère architecturale nouvelle, qui connaîtra son aboutissement avec la façade libre si chère à Le Corbusier. Ici, nous n’en sommes pas encore là. Ce qui fait également le charme de cet immeuble, c’est le revêtement de carrelages colorés en grès flammé, dû à Alexandre Bigot. Alexandre Bigot est un fameux céramiste très actif à Paris au début du XXe siècle : citons l’église Saint-Jean de Montmartre, le Castel Béranger ou encore le Céramic Hôtel.
La lecture de la façade permet de comprendre cette association entre atelier et logement : les grandes surfaces vitrées répondent aux besoins de lumière, tandis que le décor céramique donne une unité à l’ensemble. Le patrimoine se regarde depuis l’espace public, sans entrer dans les cours ni les logements.
Franck Beaumont