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Rue d’Abbeville : deux façades entre éclectisme et Art nouveau

samedi 7 novembre 2026, par Christian Frank

À l’angle du faubourg Poissonnière, deux immeubles voisins montrent des façons très différentes d’orner une façade : la sculpture abondante du n°16 et le décor végétal Art nouveau du n°14.

Au n°16, le répertoire de l’éclectisme

À Paris, il faut souvent lever la tête pour découvrir le décor des immeubles. Rue d’Abbeville, deux façades attirent particulièrement le regard près de la rue du Faubourg-Poissonnière, dans le 10e arrondissement.

Le n°16 se rattache à l’éclectisme en architecture. Construit en 1899 par Georges Massa, il présente une abondance de décor sculpté, œuvre d’Alexandre Chapuy. Ce mélange de références caractérise une partie de l’architecture de la seconde moitié du XIXe siècle.

Petits frontons, corniches, consoles, masques, gueules de lions, guirlandes et visages d’enfants se répondent sur la façade. Les caryatides constituent l’un de ses motifs les plus visibles : ces figures féminines paraissent soutenir les balcons. Hérité de l’Antiquité et remis à l’honneur à la Renaissance, ce principe transforme ici les supports en sculptures.

Au n°14, les grès verts d’Alexandre Bigot

Le n°14 est d’un tout autre style. Élevé en 1901 par Alexandre Autant et son fils Édouard, cet immeuble de rapport de six étages est un exemple d’Art nouveau parisien.

Sur la façade de pierre et de brique se détachent des garde-corps aux lignes mouvementées et surtout un décor animal et végétal en grès flammé vert. Le céramiste Alexandre Bigot en est l’auteur. Les formes végétales semblent grimper le long de la façade : l’ornement ne se présente plus comme une série de motifs classiques séparés, mais comme une poussée de la nature dans la construction.

Le rapprochement des deux immeubles permet de lire ce changement à quelques mètres de distance. Au n°16, la figure humaine, les masques et les éléments d’architecture composent un décor savant ; au n°14, la céramique colorée et les lignes végétales renouvellent l’expression de la façade.

Observer depuis la rue

Les façades et les toitures sur rue du n°14 sont inscrites au titre des monuments historiques depuis le 22 avril 1986. Les deux adresses sont des immeubles privés : l’intérêt de cette découverte tient à leurs élévations visibles depuis l’espace public, sans supposer un accès aux halls ou aux logements.

Référence historique : Guide du Patrimoine Paris ; Guide du promeneur Paris 10e.

Franck Beaumont

Le n°14 : ministère de la Culture