Un nom venu des jardins
Déjà présente sur le plan de Paris de Jacques Gomboust publié en 1652, la rue doit son nom à un jardinier, Girard de Lappe, qui possédait à cet endroit des terrains au XVIIe siècle. En 1830, elle devient la rue Louis-Philippe, jusqu’au 26 février 1867, date à laquelle un arrêté lui rend le nom de Lappe.
Ferrailleurs et bals populaires
Le marquis de Rochegude décrivait en 1910 cette rue très curieuse le soir, avec ses nombreux bals populaires, et particulièrement habitée par les marchands de fer et de métaux. Les bals étaient animés par les musettes des Auvergnats, puis par les accordéons des Italiens.
La rue de Lappe représente cette tradition des bars et des bals populaires. Elle regroupait de nombreux établissements comme le Lion d’Or ou le Joueur de Biniou ; les Barreaux Verts et la Boule Rouge font aussi partie de cette mémoire. Le bal musette était alors l’un des divertissements du Paris populaire.
La musette, ou cabrette, est ici une cornemuse associée aux musiciens auvergnats. Les dimanches après-midi, en été, les petites salles aménagées attiraient les couples qui tournaient sous les guirlandes de papier de couleur, dans la rue Basfroi et dans la rue de Lappe. Les valses s’interrompaient parfois pour permettre aux danseurs de faire une bourrée. C’était encore un quartier de ferrailleurs, qui côtoyaient ces établissements souvent ouverts par des Auvergnats. Tout autour, des boutiques vendaient des produits régionaux, salaisons et vins de pays.
Du bal musette aux nuits de Bastille
Cette rue étroite, longue de 265 mètres, relie la rue de la Roquette à la rue de Charonne. Les activités festives ont progressivement pris la place des ateliers. Le Balajo, au 9 rue de Lappe, perpétue cette histoire de la danse depuis 1936.
À deux pas de la place de la Bastille, la rue s’inscrit dans un quartier de restaurants, de bars et de lieux de nuit, entre les rues de la Roquette, des Taillandiers et Keller. Sa physionomie a changé, mais la mémoire des bals reste l’un des fils de son histoire.