La Villa Seurat, musée d’architecture en plein air
Un air des Années Folles
Publié le · Mis à jour le
Il est aujourd’hui difficile de ressentir l’ambiance des Années Folles en se promenant dans le quartier Montparnasse. Pourtant, à partir des années 1920, de nombreux artistes français et étrangers ont commencé à quitter Montmartre pour s’établir dans ce quartier.
Ces artistes se réunissaient dans des cafés et brasseries célèbres tels que la Coupole, la Closerie des Lilas, le Dôme ; fréquentaient le salon de l’Américaine Gertrude Stein ; et étaient des habitués de la célèbre librairie Shakespeare and Company, ouverte par l’Américaine Sylvia Beach. L’École de Paris dominait la scène artistique en peinture, le mouvement surréaliste était au cœur de la scène littéraire, et le jazz connaissait un grand succès dans les cabarets de Montparnasse. Parmi ces artistes majeurs figuraient Picasso, Dali, Zadkine, Modigliani, Braque, Chagall, Soutine, Breton, Aragon, Eluard, Henry Miller, Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald, James Joyce, pour ne citer qu’eux.
Depuis, le quartier Montparnasse et ses faubourgs se sont métamorphosés, probablement plus qu’à Montmartre qui, en revanche, s’est en partie transformé en un musée à ciel ouvert. Pourtant, une impasse un peu à l’écart, située près de la rue de la Tombe Issoire, est restée hors du temps. Cette impasse, la Villa Seurat, concentre à elle seule un véritable vivier d’artistes ayant marqué les Années Folles, ainsi qu’une architecture moderne.
Visite guidée de la Villa Seurat
La Villa Seurat rassemble plusieurs maisons-ateliers de la modernité architecturale. André Lurçat y conçoit huit maisons dans les années 1920, dont celle du numéro 4 pour son frère Jean Lurçat, peintre et créateur de tapisseries. Il faut donc distinguer l’architecte du commanditaire de cette maison. La maison de Jean Lurçat, avec ses aménagements intérieurs, son mobilier conçu pour elle et son jardin, a été classée monument historique en 2018 ; les façades et toitures de plusieurs maisons de l’ensemble étaient déjà protégées depuis 1975.
Au numéro 1, reconnaissable à sa grande verrière, vécut l’écrivain Frank Townshend. Les numéros 3 et 3 bis sont associés aux peintres Édouard Goerg et Marcel Gromaire : leur façade courbe tranche avec les volumes plus rectilignes du lotissement. Le numéro 5 est lié au peintre Pierre Bertrand, le numéro 11 au sculpteur suisse Arnold Huggler. Au numéro 8, la maison de Mademoiselle Quillé présente des volumes géométriques simples et des fenêtres d’angle.
Au 7 bis, la maison-atelier de la sculptrice Chana Orloff, conçue en 1926 par Auguste et Gustave Perret, montre une autre manière de construire : ossature de béton armé, remplissage de brique et grande verrière. Les portes du rez-de-chaussée permettaient le passage des blocs de sculpture vers les ateliers. Ces maisons restent des propriétés dont l’accès intérieur ne se déduit pas d’une promenade dans la voie.
Au numéro 18, l’écrivain Henry Miller s’installe à partir de 1934. La villa a aussi accueilli des peintres et écrivains comme Chaïm Soutine et Salvador Dalí.